CHAPITRE XVin
Conséquence dn chapitre précédent.
Il résulte de là que la Chine ne perd point ses lois par la conquête. Les manières , les mœurs , les lois , la religion , y étant la même chose , on ne peut changer tout cela à la fois. Et, comme il faut que le vainqueur ou le vaincu changent , il a toujours fallu à la Chine que ce fût le vainqueur > : car ses mœurs n'étant point ses manières; ses manières, ses lois ; ses lois , sa religion; il a été plus aisé qu'il se pliât peu à peu au peuple vaincu que le peuple vaincu à lui.
n suit encore de là une chose bien triste : c'est qu'il n'est presque pas possible que le christianisme s'établisse jamais à la Chine». Les vœux de virginité, les assemblées des fenunes dans les églises, leur oonuDunication nécessaûre avec les ministres de la religion, leur participation aux sacrements, la confession auriculaire, rextréme-onction,le mariage d'une seule femme : tout cela renverse les mœurs et les manières du pays, et frappe encore du même coup sur la religion et sur les lois.
I La Chine , vaincue plusieure fois , a réduit ses vainqueurs CD les assujettissant à ses usages, et les a tellement changés, qa'en peu de temps on ne les reconnaissait plus. Cest une mer qui sale tous les fleuves qui s*y précipitent Je veux dire que les conquérants de la Chine ont été obligés de la gouver^ ner selon ses lois, ses maximes et ses coutumes. Ils n'ont pu changer ni le caractère, ni la langue chinoise; ils n'ont pas pu même introduire celle qui leur était propre dans les villes où ils tenaient leur cour. En un mot, leurs descendants sont devenus Chinois. La dynasUe des Kin et des Yuen en est une preuve sensible , laqueUe est confirmée par les Tartares Mantchéoux qui sont encore aujourd'hui sur le trône. Ils n'ont pu changer que la forme des habits, et obliger les peuples à se couper les cheveux. Tout le reste subsiste comme auparavant n n'y a pas encore cent ans qu'ils sont maîtres de la Chine, et Us sont d^ Chinois pour les mœurs, pour les manières et pour la figiire. On ne parle que chinois , même à Péking et dans les maisons de Mantchéoux : ils sont même obligés d'envoyer leurs enfants à l'école pour apprendre h lire et à écrire en tartare, afin de pouvoir entrer dans les tribunaux où les deux langues sont en usage, et dans les provinces on ne saU ce que c'est que parler mantchéou : sur dix mille personnes , à peine en trouvera-i-on une qui puisse médiocrement s'expliquer en cette langue. (Lettre du P. Parennin à M. de Mairan, dans le vingt-quatrième recueU des Lettres édifiantes, pag. 58,69et60<(P.)
* Voyez les raisons données par les magistrats chinois dans les décrets par lesquels ils proscrivent la religion chrétienne. {Uttrtê éd{fiante$, dix-septtème recueU.)
La religion çkr^ienne, par rétablissement de la charité, par im culte public, par la participation aux mêmes sacrements, semble demander que tout s^imisse : les rites des Chinois semblent ordonner que tout se sépare.
Et , comme on a vu que cette séparation * tient en général à l'esprit du despotisme, on trouvera dans ceci une des raisons qui font que le gouvernement monarchique et tout gouvernement modéré s'allient mieux * avec la religion chrétienne.