CHAPITRE V
Des peuples qui ont ûdlle commerce d*éoonomie.
Marseille, retraite nécessaire au milieu d'une mer orageuse; Marseille, ce lieu où les vents , les bancs de la mer , la disposition des côtes , ordonnent de toucher, fut fréquentée par les gens de mer. La stérilité ' de son territoire détermina ses citoyens au commerce d'économie. Il Mkx qu*ils fussent laborieux, pour suppléer à la nature qui
' Jvstm, Uv. XUn, chap. ui. — ManeUIe fut fondée, environ sU cents ans avant Jésus-Christ, par une colonie de Phocéens, Grecs aslatjqaes; Us éCabUrent un bon goavemementqol fit fleoiir ragricoUore, les arts, le commerce et les sriroces. Elle devint une célèbre académie où la Jeunesse iVUiloise et romaine aUait étudier. Us avaient une alliance étroite avec les Romains. Leur pouvoir, leurs forces, étaient considérables : ils soutinrent diverses guerres contre les Gaulob, les Liguriens, les Carthaginois, et contre d'autres peuptet ; et Us bAtirent plusieurs viUes : c*est sur quoi s'accordent tous les historiens anciens et modernes. Tom les vents, les bancs de la mer, la disposition des côtes, n'ordonnent point de mouiller dans le port de NarseUle : les matelots espagnols, sIcUtens et Italiens, ne sont pas les dupes de cette ficUoo. Us laisKDtàrécartlegoUiede Lyon; et lorsque leurs affairesn'exi- Vni pas im*lls s'acxétent à BfarseUIe, Us cinglent en droiture à kart dUIérentes de^InaUoos. (D.)
se refusait ; qu'ils fussent justes, pour vivre parmi les nations barbares qui devaient faire leur prospérité; qu'ils fussent modérés , pour que leur gouvernement fût toujours tranquille ; enfin , qu'ils eussent des mœurs frugales, pour qu'ils pussent toujours vivre d'im commerce qu'ils conserveraient plus sûrement lorsqu'il serait moins avantageux.
On a vu partout la violence et la vexation donner naissance au commerce d'économie, lorsque les hommes sont contraints de se réfugier dans les marais, dans les îles, les bas-fonds de la mer, et ses écueils même. C'est ainsi que Tyr , Venise , et les villes de Hollande , furent fondées ; les fugitifs y trouvèrent leur sûreté. Il fallut subsister ; ils tirèrent leur subsistance de tout l'imivers '.
CHAPrrRE VI.
Qudqnes eflèts d'une grande>avigatlon.
Il arrive quelquefois qu'une nation qui fait le commerce d'économie, ayant besoin d'une marchandise d'un pays qui lui serve de fonds pour se procurer les marchandises d'un autre, se contente de gagner très-peu, et quelquefois rien, sur les unes , dans l'espérance ou la certitude de gagner beaucoup sur les autres. Ainsi , lorsque la Hollande faisait presque seule le commerce du midi au nord de l'Europe, les vins de France, qu'elle portail au nord, ne lui servaient, en quelque manière, que de fonds pour fadre son commerce dans le nord.
On sait que souvent , en Hollande , de certains genres de marchandise venue de loin ne s'y vendent pas plus cher qu'ils n'ont coûté sur les lieux mêmes. Voici la raison qu'on en donne : un capitaine qui a besoin de lester son vaisseau prendra du marbre; il a besoin de bois pour l'arrimage ^ il en achètera ; et , pourvu qu'il n'y perde rien , il croira avoir beaucoup fedt. C'est ainsi que la Hollande a aussi ses carrières et ses forêts.
Non-seulement un commerce qui ne donne rien peut être utile, un commerce même désavantageux peut l'être. J'ai ouï dire en Hollande que la pêche
1 La Hollande est située si peu avantageusement , qu'elle ne produit aucune denrée pour transporter à l'étranger : environnée de grandes villes, ses rivales de commerce, dUe ménage si bien son commerce , et se conduit avec tant de prudence , de Jugement et d'appUcaUon , qu'eUe tire chez eUe les marchandises du monde enUer, elle dispose de la plus grande partie des producUons du Portugal , de l'Espagne et du détroit, qu'elle débite dans la Baltique, à Brème, Hambourg, Lubeck et Dantzick. (M. m^ SECONDAT, fils de Montesquieu, traductiom dt Jos. Cée, pag. 213.)
de la baleine, en général , ne rend presque jamais ce quelle coâte; mais ceux qui ont été employés à la construction du vaisseau , ceux qui ont fourni les agrès, les apparaux, les vivres, sont aussi ceux qui prennent le principal intérêt à cette pèche. Perdissent-ils sur la pèche, ils ont gagné sur les fournitures. Ce commerce est une espèce de loterie, et chacun est séduit par Tespérance d*un billet noir. Tout le monde aime à jouer ; et les gens les plus sages jouent volontiers , lorsqu'ils ne voient point les apparences du jeu , ses égarements, ses violences , ses dissipations, la perte du temps, et même de toute la vie.