‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 555 sur 975 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Des préU à intérêt.

L'argent est le signe des valeurs. Il est clair que celui qui a besoin de ce signe doit le louer, comme il fait toutes les dioses dont il peut avoir besoin. Toute la différence est que les autres choses peuvent ou se louer ou s'acheter ; au lieu que l'argent, qui est le prix des choses, se loue et ne s'achète pas'.

C'est bien une action très-bonne de prêter à un autre son argent sans intérêt ; mais on sent que ce ne peut être qu'un conseil de religion, et non une loi civile.

Pour que le commerce puisse se bien faire, il faut que l'argent ait un prix , mais que ce prix soit peu considérable. S'il est trop haut, le négociant, qui voit qu'il lui en coûterait plus en intérêts qu'il ne pourrait gagner dans son conmierce , n'entreprend rien : si l'argent n'a point de prix , personne n'en prête, et le négociant n'entreprend rien non plus.

Je me trompe quand je dis que personne n'en prête. U faut toujours que les afîaires de la société aillent; l'usure s'établit, mais avec les désordres que l'on a éprouvés dans tous les temps.

La loi de Mahomet confond l'usure avec le prêt à intérêt. L'usure augmente dans les pays mahométans à proportion de la sévérité de la défense :

■ On ne parte point des cas où Tor et Targent sont considérés comme marchandises.

le prêteur s'indemnise du péril de la contravention. Dans ces pays d'Orient , la plupart des hommes n'ont rien d'assuré; il n'y a presque point de rapport entre la possession actuelle d'une somme et l'espérance de la ravoir après Pavoir prêtée : l'usure y augmente donc à proportion du péril de l'iiisolvabilité.

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