CHAPITRE VI
Des bâtards dans les divers gouvenements.
On ne connaît donc guère les bâtards dans les \ pays où la polygamie est permise. On les connaît dans ceux où la loi d'ime seule femme est établie. Il a fallu, dans ces pays, flétrir le concubinage; il a donc fallu flétrir les enfants qui en étaient nés.
* Le P. Duhalde, tom. n, pag. I3i.
* On distingueles fenomes en grandes et peUtes, c*eét-à-dire en légitimes ou non; mais il n*y a point une pareille distinction entre les enfants. « C'est la grande doctrine de Tempire , » est-il dit dans un ouvrage diinois sur la morale, traduit par le même père, pag. 140.
De l'espbit des lois.
Dans les républiques , où il est nécessaire que les mœurs soient pures , les bâtards doivent être encore plus odieux que dans les monarchies.
On fitpeut-^tre à Rome des dispositions trop dures contre eux ; mais les institutions anciennes mettant tous les citoyens dans la nécessité de se marier, les mariages étant d'ailleurs adoucis par la permission de répudier ou de faire divorce, il n*y avait qu'une tr^grande corruption des moeurs qui pût porter au concubinage.
0 faut remarquer que la qualité de citoyen étant considérable dans les démocraties, où elle emportait avec elle la souveraine puissance , il s'y faisait souvent des lois sur Fétat des bâtards, qui avaient moins de rapport à la chose même et à l'honnêteté du mariage qu'à la constitution particulière de la république. Ainsi le peuple a quelquefois reçu pour citoyens les bâtards % aÎBn d'augmenter sa puissance contre les grands. Ainsi à Athènes le peuple retrancha les bâtards du nombre des citoyens, pour avour une plus grande portion du blé que lui avait envoyé le roi d'Egypte. Enfin Aristote* nous apprend que , dans plusieurs villes , lorsqu'il n'y avait point assez de citoyens, les bâtards succédaient; et que , quand il y en avait assez , ils ne succédaient pas.