CHAPITRE IV
Des ministres de la rdigton.
Les premiers hommes , dit Porphyre * , ne sacrifiaient que de l'herbe. Pour un culte si simple , chacun pouvait être pontife dans sa famille.
Le désir naturel de plaire à la Divinité multiplia les cérémonies : ce qui fit que les hommes , occupés à Tagriculture, devinrent incapables de les exécuter toutes , et d'en remplir les détails.
On consacra aux dieux des lieux particuliers ; il fallut qu'il y eût des ministres pour en prendre soin , conune chaque citoyen prend soin de sa maison et de ses affaires domestiques. Aussi les peuples qui n'ont point de prêtres sont-ils ordinairement barbares. Tels étaient autrefois les Pédaliens ', tels sont encore les Wolgusky 4.
Des gens consacrés à la Divinité devaient être honorés , surtout chez les peuples qui s'étaient formé une certaine idée d'une pureté corporelle, nécessaire pour approcher des lieux les plus agréables aux dieux, et dépendante de certaines pratiques.
Le culte des dieux demandant une attention continuelle , la plupart des peuples furent portés à faire du clergé un corps séparé. Ainsi, chez les Égyptiens, les Juifs et les Perses ^ , on consacra à la Divinité de certunes familles qui se perpétuaient, et faisaient le service. Il y eut même des religions où Ton ne
* NomW. chip. XXXV. — Un décret de ClotAire II avait ordonné qa'on reqwctàt oomme aaUes, noo-seuleaient les églises, mats même lear enceinte extérieure, ou Tarpent de terre qui les envlronnaU, si elles n*avaient pas d*enoeinte.fermée; mais an eapitniaire synodal de 7U défendit de donner des vivres à crax (|ai s*y réfugieraient pour se soustraire à une peine capitale. (COAUrr, de la Mon, franc. Uv. VU, cb. LXti.) (P.)
* De Abiimeniia animal. Ub, 0,86-
* LUlus GIraldus , pag. 720.
* Peuple delà SU)érie. Voyez la relation de M. Éverard Isbrands-ldes , dans le Récit fil de$ wn/ages du Nord, tom. VllI.
* Voyei M. Hyde.
MONTESOIIEU.
pensa pas seulement à éloigner les ecclésiastiques des affaires, mais encore à leur ôter l'embarras d'une famille ; et c'est la pratique de la principale branche de la loi chrétienne.
Je ne parlerai point ici des conséquences de la loi du célibat : on sent qu'elle pourrait devenir nuisible àproportion que le corps du clergé serait trop étendu,) et que par conséquent celui des laïques ne le seraitj pas assez.
Par la nature de Tentendement humain, nous aimons , en fait de religion , tout ce qui suppose un effort, comme, en matière de morale, nous aimons spéculativement tout ce qui porte le caractère de la sévérité. Le célibat a été plus agréable aux peuples à qui il semblait convenir le moins , et pour lesquels il pouvait avoir de plus fâcheuses suites. Dans les pays du midi de l'Europe, où, par la nature du dimat , la loi du célibat est plus difficile à observer, elle a été retenue; dans ceux du nord, où les passions sont moins vives , elle a été proscrite. Il y a plus : dans les pays où il y a peu d'habitants, elle a été admise; dans ceux où il y en a beaucoup, on l'a rejetée. On sent que toutes ces réflexions ne portent que sur la trop grande extension du célibat, et non sur le célibat même.