UVRE XXV, CHAPITRE XV
a Mais, si vous ne voulez pas être chrétiens, « soyez au moins des hommes : traitez-nous comme « vous feriez, si, n*ayant que ces faibles lueurs de ( justice que la nature nous donne, vous n'aviez « point une religion pour vous conduire , et une « révélation pour vous éclairer.
« Si le ciel vous a assez aimés pour vous faire « voir la vérité , il vous a fait une grande grâce : •> mais est-ce aux enfants qui ont eu l'héritage de « leur père de haïr ceux qui ne l'ont pas eu ?
« Que si vous avez cette vérité , ne nous la ca- « chez pas par la manière dont vous nous la proposez. « Le caractère de la vérité, c'est son triomphe sur les « cœurs et les esprits , et non pas cette impuissance
• que vous avouez, lorsque vous voulez la faire re- •• cevoir par des supplices.
« Si vous êtes raisonnables, vous ne devez pas «« nous faire mourir, parce que nous ne voulons « pas vous tromper. Si votre Christ est le 61s de « Dieu, nous espérons quMl nous récompensera « de n'avoir pas voulu profaner ses mystères; et « nous croyons que le Dieu que nous servons vous « et nous ne nous punira pas de ce que nous avons « souffert la mort pour une religion qu'il nous a « autrefois donnée , parce que nous croyons qu'il « nous l'a encore donnée.
« Vous vivez dans un siècle où la lumière natu- « relie est plus vive qu'elle n'a jamais été, où la « philosophie a éclairé les esprits, où la morale « de votre Évangile a été plus connue , où les
• droits respectiflB des honunes les uns sur les au- « très, l'empire qu'une conscience a sur une aua tre conscience, sont mieux établis. Si donc vous
• ne revenez pas de vos anciens préjugés, qui, si « vous n'y prenez garde,. sont vos passions, il « faut avouer que vous êtes incorrigibles, inca- « pables de toute lumière et de toute instruc- «« tion; et une nation est bien malheureuse, qui •• donne de l'autorité à des hommes tels que vous.
« Voulez-vous que nous vous disions naïvement « notre pensée? Vous nous regardez plutôt comme « vos ennemis que comme les ennemis de votre « religion : car si vous aimiez votre religion , vous « ne la laisseriez pas corrompre par une ignorance « grossière.
« Il faut que nous vous avertissions d'une chose; a c'est que , si quelqu'un dans la postérité ose ja- « mais dire que dans le siècle où nous vivons les « peuples d'Europe étaient policés, on vous ci- « tera pour prouver qu'ils étaient barbares; et « ridée que l'on aura de vous sera telle qu'elle « flétrira votre siècle, et portera la haine sur tous « vos contemporains. »