CHAPITRE XV
De la propagatioii de la religion.
Tous les peuples d'Orient, excepté les mahométans , croient toutes les religions en elles-mêmes indifférentes. Ce n'est que conune changement dans le gouvernement qu'ils craignent l'établissement d'une autre religion. Chez les Japonais, où il y a plusieurs sectes, et où l'État a eu si longtemps un chef ecclésiastique, on ne dispute jamais sur la religion ^. Il en est de même chez les Siamois 4. Les Calmouks font plus : ils se font une affaire de conscience de souffrir toutes sortes de religions ^. ACalicut, c'est une maxime d'État que toute religion est bonne ^.
Mais il n'en résulte pas qu'une religion apportée d'un pays très-éloigné, et totalement différent de climat, de lois, de mœurs et de manières, ait tout le succès que sa sainteté devrait lui promettre. Cela est surtout vrai dans les grands empires despotiques : on tolère d'abord les étrangers, par-
> livi vn,cbap. zm.
> L'édlUon de I76S, et toutes ceUes qui ont été faites poitérieurvment , portent intimida. Nous avons rétabli l'cipres-; sioo de Montesquieu. (P*)
* Voye« Kempfer.
♦ Mémoires du comte de Forhin.
5 Histoire des Tattars, partie V.
• Voyagé de François Pirard, cliap. xxv. (H^
DE L'ESPRIT DES LOIS
ce qu'on ne fait point <f attention à ce qui ne paraît pas blesser la puissance du prince ; on y est dans une ignorance extrême de tout. Un Européen peut se rendre agréable par de certaines connaissances qu'il procure : eeh est bon pour les corn* mencements; mais sitôt que Ton a quelque succès, que quelque dispute s*élève , que les gens qui peuvent avoir quelque intérêt sont avertis; comme cet État , par sa nature , demande surtout la tranquillité, et que le moindre trouble peut le renverser, on proscrit d'abord la religion nouvelle et ceux qui Tannoncent : les disputes entre ceux qui préichent venant à éclater, on commence à se dégoûter d'une religion dont ceux mêmes qui la proposent ne conviennent pas.