CHAPITRE XX
Origine du point d'honneur.
On trouve des énigmes dans les codes des lois des barbares. La loi des Frisons ne donne qu'un demisou de composition à celui qui a reçu des coups de bâton^; et il n'y a si petite blessure iK>ur laquelle elle n'^ donne davantage. Par la loi sàlique , si un ingénu donnait trois coups de bâton à un ingénu, il payait trois sous; s'il avait fait couler le sang, il était puni conune s'il avait blessé avec le fer ; et il payait quinze sous :1a peine se mesurait par la grandeur des blessures. La loi des Lombards établit différentes compositions pour un coup , pour deux , pour trois, pour quatre^. Aiyourd'hui un coup en vaut cent mille.
La constitution de Charlemagne, insérée dans la loi des Lombards , veut que ceux à qui elle peraiet le duel combattent avec le bâton?. Peut-être que ce fut un ménagement pour le clergé; peut-être que, comme on étendait l'usage des combats, on voulut les rendre moins sanguinaires. Le capitulaire de Louis le Débonnaire' donne le choix de combattre avec le bâton ou avec les armes. Dans
> Charte de Louis le Gros, de Tan 1 146, dans le Recueil des ordomnances
* Charte de Louis le Jeune , de Tan 1 168 , dans le Reaieil des oftUmnances,
* Voyez Beaumanoir, cbap. LXtn, pag. 326.
4 Yoyexla Coutume de Beauvoisis, chap. x^cTifi, pag. 203.
s AddUio tapienUum ff'iUmari, Ut. Y.
•UTreI,titvi,g3.
7 Lir.n.Utv, 823.
' Ajouté à la loi saU<iue sur Tan 819.
la suite il n'y eut que les serfs qui combattissent avec le bâton >.
Déjà je vois naître et se former les articles par* ticuliers de notre point d'honneur. L'accusateur commençait par déclarer devant le juge qu'un tel avait commis une telle action ; et celui-ci répondait qu'il en avait menti * : sur cela le juge ordonnait le duel. La maxime s'établit que, lorsqu'on avait reçu un démenti , il £atllait se battre.
Quand un homme avait déclaré qu'il combattrait , il ne pouvait plus s'en départir; et s'il le faisait il était condamné à une peine^. De là suivit cette règle que, quand un honune s'était engagé par sa parole, l'honneur ne lui permettait plus de la rétl^acter.
Les gentilshommes se battaieiU entre eux à cheval et avec leurs armes 4, et les vilains se battaient à pied et avec le bâton ^. De là il suivit que le bâton était l'instrument des outrages <», parce qu'un homme qui en avait été battu avait été traité coaune un vilain.
Il n'y avait que les vilains qui combattissent à visage découvert?; ainsi il n'y avait qu'eux qui pussent recevoir des coups sur ia face. Un soufQet de* vint une injure qui devait être lavée par le sang , parce qu'im homme qui l'avait reçu avait été traité comme un vilain.
Les peuples germains n'étaient pas moins sensibles que nous au point d'honneur; ils l'étaient même plus. Ainsi les parents les plus éloignés prenaient une part très-vive aux injures; et tous leurs codes sont fondés là-dessus. La loi des Lombards veut que celui qui, accompagné de ses gens, va battre un homme qui n'est point sur ses gardes, afin de le couvrir de honte et de ridicule , paye la moitié de la composition qu'il aurait due s'il l'avait tué>; et que, si parle même motif il le lie, il paye les trois quarts de la même composition 9.
Disons donc que nos pères étaient extrêmement sensibles aux affronts; mais que les affronts d'une espèce particulière, de recevoir des coups d'un cer-
' Voyez Beaumanoir, chap. lxiv , pag. 323.
* Ihid. pag. 329.
' Ihid, chap. ni , pag. 26 et 329.
4 Voyez, sur les armes des combattants, Beaumanoir, cbap. Lxi, pag. 308, et chap. Lxnr, pag. 328.
s Beaumanoir, chap. lxiv, pag. 328. Voyez aussi les Chartes de 8. Aubin d*AAjou, rapp<ntées par Galland, pag. 263«
^ Chez les Romains les coups de bâton n'étaient.point infâmes. Leg. Ictus fùstium. De tis qui notantur infamia.
7 Ils n'avaient que l'écu et le bâton.(Beaumanoir, chap. lx iv, pag. 328.) « UvreMitvi,gl.
9 Uvrcl,tit. vi,82.
DE L'ESPRIT DES LOIS
tain instrument sur une certaine partie du corps , et donnés d*une certaine manière, ne leur étaient pas encore contins . Tout cela était compris dans l'affront d'être battu ; et , dans ce cas , la grandeur des excès faisait la grandeur des outrages.