CHAPITRE XXn
Des mœurs relatives aux combats.
Notre liaison avec les femmes est fondée sur le
bonheur attaché au plaisir des sens, sur le charme d'aimer et d'être aimé, et encore sur le désir de leur plaire, parce que ce sont des juges très-éclairés sur une partie des choses qui constituent le mérite personnel. Ce désir général de plaire produit la galanterie, qui n'est point l'amour, mais le délicat, mais le léger, mais le perpétuel mensonge de l'amour.
Selon les ciiconstances différentes dans chaque nation et dans chaque siècle l'amour se porte plus vers une de ces trois choses, que vers les deux autres. Or, je dis que , dans le temps de nos combats , ce fut l'esprit de galanterie qui dut prendre des forces.
Je trouve dans la loi des Lombards <, que si un des deux champions avait sur lui des herbes propres aux enchantements, le juge les lui faisait ôter, et le
■ De morilmê Germanarum.
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^ Nous avons Tancienne loi , et ceUe qui tôt corrigée par ce prince.
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faisait jiurer qu'il n'en avait plus. Cette loi ne pouvait être fondée que sur l'opinion commune; c'est la peur, qu'on a dit avoir inventé tant de choses , qui fit imaginer ces sortes de prestiges. Comme dans les combats particuliers les champions étaient armés de toutes pièces, et qu'avec des armes pesantes, offensives et défensives, celles d'une certaine trempe et d'une certaine force donnaient des avantages infinis, l'opinion des armesenchantées de quelques combattants dut tourner la tête à bien des gens.
De là naquit le système merveilleux de la dieralerie. Tout les esprits s'ouvrirent à ces idées. On vit, dans les romans, des paladins, des nécromans, des fées, des chevaux ailés ou intelligents, des hommes invulnérables, des magiciens qui s'intéressaient à la naissance ou à l'éducation des grands personnages, des palais enchantés et désendiantés; dans notre monde un monde nouveau ; et le cours ordinaire de la nature laissé seulement pour les hommes vulgaires.
Des paladins , toujoiu^ armés dans une partie du monde pleine de châteaux , de forteresses et de brigands, trouvaient de l'honneur à punir ]'ii\ju8tice et à défendre la faiblesse. De là encore dans nos romans la galanterie fondée sur l'idée de l'amour, jointe à celle de force et de protection.
Ainsi naquit la galanterie, lorsqu'on imagina des hommes extraordinaires, qui, voyant la vertu jointe à la beauté et à la faiblesse, furent portés à s'exposer pour elle dans les dangers, et à hii plaire dans les actions ordinaires de la vie.
Kos romans de chevalerie flattèrent ce désir de plaire, et donnèrent à une partie de l'Europe cet esprit de galanterie qu'on peut dire avoir été peu connu par les anciens.
Le luxe prodigieux de cette immense ville de Rome flatta l'idée des plaisbrs des sens. Une certaine idée de tranquillité dans les campagnes de la Grèce fit décrire les sentiments de l'amour '. L'idée des paladins , protecteurs de la vertu et de la beauté des fenunes, conduisit à celle de la galanterie.
Cet esprit se perpétua par l'usage des tournois , qui, unissant ensemble les droits de la valeur et de l'amour, donnèrent encore à la galanterie une grande importance.
' On peut voir les romans grecs da moyen Age.