LIVRE XXXI
fontre-balancés, et qu'il resta le maître. Tout fut uni par la force de son génie. 11 mena continuellement la noblesse d'expédition en expédition ; il ne lui laissa pas le temps de former des desseins, et l'occupa tout entière à suivre les siens. L*empire se maintint par la grandeur du chef : le prince était grand, Thomme Tétait davantage. Les rois ses enfants furent ses premiers sujets, les instruments de son pouvoir, et les modèles de Tobéissance. 11 fit d'admirables règlements; il fit plus, il les fit exécuter. Son génie se répandit sur toutes les parties de Tempire. On voit, dans les lois de ce prince, un esprit de prévoyance qui comprend tout, et une certaine force qui entraîne tout. Les prétextes pour éluder les devoirs sont ôtés, les négligences corrigées, tes abus réformés ou prévenus*. 11 savait punir; il savait encore mieux pardonner. Vaste dans ses desseins, simple dans Fexécution, personnen*eut à un plus haut degré l'art de faire les plus grandes ehoses avec facilité, et les difficiles avec promptitude. 11 parcourait sans cesse son vaste empire, portant la main partout où il allait tomber. Les aflaires renaissaient de toutes parts : il les finissait de toutes parts. Jamais prince ne sut mieux braver les dangers, jamais prince ne les sut mieux éviter, il se joua de tous les périls, et particulièrement de ceux qu'épouvent presque toujours les grands conquérants, je veux dire les- conspirations. Ce prince prodigieux était extrêmement modéré ; son caractère était doux, ses manières simples ; il aimait à vivre avec les gens de sa cour *. 11 fut peut-être trop sensi-
■ yo7eiMmcapitaIairemderansit,|>a«.486,art 1,2,3, t, 6, 6 et s; et le capltulalre premier, de Fan 812, pag. 490, art I ; et le capitolaire de la même année , pag. 4(M , art. 9 et H, ctd^aotres.
* Jamais 00 ne traça un plus beau portrait de Charlemagne. Pour apprécier cet homme prodigieux , il fallait on espritaossi élevé, on génie anssi vaste que le sien; et dans nos temps modernes , raateor de V Esprit des Lois était seul capable d'an tel e^ort M ably , qui plus tard essaya de porter la lumière dans les diverses parties de Tadministration de ce monarque, lui a roMlu onejustioe non moins éclatante. Voici quelques traits de son tableau, où Ton retrouve souvent la vigueur et Ténergie de Montesquieu :
« Charlemagne ne voulait pas avoir pour officiers ou pour mi- Distresdes courtisans, mais des hommes qui aimassent la vérité et r£tat ; qui fussent connus par leur expérience , leur discrétion, leur exactitude, leur sobriété ; et assez fermes dans la pratique de leur devoir, non-seulement pour être inaccessibles aux piésents , mais pour ne pouvoir pas même être éblouis et trompés par la flàttôrle, Famitié, et les liaisons du sang.
« Croira-t-on que Je parle de la cour d'un roi , si Je dis que les offiders du palais étaient chargés d'aider de leurs conseils les malheureux qui venaient y chercher du secours contre la misère , Toppression et la calomnie ; ou ceux qui , s'ëtant acmilltét de leurs devoirs avec distincUon , avaient été oubliés dans la distribution des réoompenses?nétaitordonnéàchaque ofRder de pourvoir à leurs besoins, de faire passer leurs requê-