CHAPITRE XIX
Continuation du même sujet.
Charlemagne et ses premiers successeurs craignirent que ceux q[u'ils placeraient dans des lieux éloignés ne fussent portés à la révolte; ils crurent qu'ils trouveraient plus de docilité dans les ecclésiastiques ; ainsi ils érigèrent en Allemagneun grand nombre d'évéchés, et y joignirent de grands fiefs ^. Il parait , par quelques Chartres, que les .clauses qui contenaient les prérogatives de ces fiefs n'étaient pas différentes de celles qu'on mettait ordinairement
tes Jusqu^au prince, et de se rendte leur solliciteur. QuMI est beau de voir les vertus les plus précieuses & Phumanité devenir lesfoncUonsordinairesd*uiiecharge;et,par une espèce depro» dige , les courtisans changés en instruments du bien public , et en ministres de la bienfaisance du prince ! » ( Observations sur VHist. de France, Uv. Il , ch. u. )
> Voyez le capitulairetf e vit lis, de Pan 800; son«apitulaire 11, de ran SIS , art. e^et 19 ; et le livre V des capitulaires ,. art. sea. — Charlemagne fit à lui seul plus de lois que n'en avaient fait tous ceux de nos souverains qui ravalent précédé : il renouvela ce qu*il trouva de Juste dans les anciens capitulaires ; il voulut perfecUonner les codes rlpuoire et salien ; il puisa quelquefois dans celui des Lombards ; enfin il rassembla sous ses yeux les lois saliques , romaines et bourguignones , comme pour tAcher d'en extraire des règlements qui, sans en avoir les inconvénients, en eussent toute la sagesse; mais toujours il agit en homme capable d'administrer, plutôt qu'en législateur. (Cha- BRrr , de la Monarch.Jtanç, Uv. YIl , ch. xvi. ) — Si quelques articles des capitulaires de Charlemagne nous paraissent aujourd'hui puérils, ne nous hAtons pas témérairement de les condamner, on les admirerait sans doute en examinant l'ensemble de la grande machine dont ils faisaient parUe. Si d'autres nous pondssent et sont en effet barbares, concluons-en seulement que les Français, à peine délivrés des désordres qui avaient ruiné la famille de Clovis , formaient encore un peuple grossier, qui ne pouvait ouvrir les yeux qu*à quelques vérités.
(BfABLY.)
* Capitulaire de villis, ari. S9. Voyez tout ce capitulaire, qui est un chef-d'œuvre de prudence , de bonne administration et d'économie.
3 Voyez, entre autres, la fondation de l'archevêché de Brème, dans le capitulaire de 789 , édit. de Baluze , pag. 215.
Sis
DE L ESPRIT DES LOIS
dans ces concessions ' , quoiqu'on voie aujourd'hui les principaux ecclésiastiques d'Allemagne revêtus de la puissance souveraine. Quoi qu'il eu soit, c'étaient des pièces qu'ils mettaient en avant contre les Saxons. Ce qu'ils ne pouvaient attendre de l'indo* lenoe ou des négligences d'un leude, ils crurent qu'ils devaient l'attendre du zèle et de l'attention agissante d'un évéque ; outre qu'un tel vassal , bien loin de se servir contre eux des peuples assujettis, aurait au contraire besoin d'eux pour se soutenir contre ces peuples.