CHAPITRE XXII
CoDtinuaUon du même sqjet.
Mais ce qui affaiblit surtout la monarchie, c'est que ce prince en dissipa les domaines '. Cest ici que Nitard, un des plus judicieux historiens que nous ayons; Nitard, petit-fils de Gharlemagne,. qui était attaché au parti de Louis le Débonnaire , et qui écrivait Thistoire par ordre de Charles le^ Chauve, doit être écouté.
U dit « qu'un certain Adelhard avait eu pendant « un temps un tel empire sur Tesprit de Tempe- « reur, que ce prince suivait sa volonté en toutes
choses; qu*à Tinstigation de ce favori, il avait « donné les biens fiscaux à tous ceux qui en avaient « voulu * , et par là avait anéanti la république ^. » Ainsi, il fit dans tout Fempire ce que j'ai dit qu'il avait fait en Aquitaine 4 : chose que Charlemagne répara , et que personne ne répara plus.
L'État fut mis dans cet épuisement ou Charles- Martel le trouva lorsqu'il parvint à la mairerie ^ ; et l'on était dans ces circonstances, qu'il n'était plus question d'un coup d'autorité pour le rétablir.
Le fisc se trouva si pauvre , que sous Charles, le Chauve on ne maintenait personne dans lesL honneurs, on n'accordait la sâreté à personne que pour de Fargent^ : quand on pouvait détruire les Normands, on les laissait échapper pour de l'argent 7 ; et le premier conseil qu'Hincmar donne à Louis le Bègue , c'est de demander dans une assemblée de quoi soutenir les dépenses de sa maison.
CMAPITRE XXin.
ContioualioA du même avûet.
Le clergé eut sujet de se repentir de la protection qu'il avait accordée aux enfents de Louis le Débonnaire. Ce prince, conune j'ai dit, n'avait jamais donné de préoeptions de» biens de Téglise aux laïques ^ ; mais bientât Lothaire en Italie , et
K f'iUoi ngioÊ, fum trafU $ui et mti et ir'Uavi, JUtelibuê suis tradidii eoâ m poêêeetHmeê temj^Uenuu :/êcU enim hoc cN« tempan, Tégan, de Gettiê Ludovici PiL
* Mine UhettaUe, hinc pubiica in propriU udbui distri- 6iMr» Mosjt ( Nitard , Uvre IV, à la fin. )
*- BBmpubiieampenikf atmuWmiU Utid.
4 Voyes te Uv. \X%, , chap. xm.
& Nous avena eu d<Jà oceasion de leauuxper que ce mot
n*est plus «sUé.
6 Hinemar, lettre première à Louis le Bègue.
' 'Voycsle frai^eDtdelaQhHMikitte du monastère de SainV Serge dTAngars» dan» Duohesne, tom. II, pag. 401.
» Voyeacequedisait les évéquesdaos le synode de Tan 84V apwd Temdomt villam, art. 4.
DE L'ESPRIT DES LOIS
Pépin en Aquitaine , quittèrent le plan de Charlemagne, et reprirent celui de Charles-Martel. Les ecclésiastiques eurent recours à Fempereur contre ses enflants; mais ils avaient affaibli eux-mêmes Fautorité qu'ils réclamaient. En Aquitaine , on eut quelque condescendance ; en Italie , on n'obéit pas.
Les guerres civiles*, qui avaient troublé la vie de Louis le Débonnaire, furent le germe de celles qui suivirent sa mort. Les trois frères , Lothaire , Louis et Charles, cherchèrent, chacun de leur côté , à attirer les grands dans leur parti , et à se faire des créatures. Ils donnèrent à ceux qui voulurent les suivre des préceptions des biens de l'église; et, pour gagner la noblesse, ils lui livrèrent le clergé.
On voit, dans les capitulaires , que ces princes furent obligés de céder à l'importunité des demandes , et qu'on leur arracha souvent ce qu'ils n'auraient pas voulu donner ' ; on y voit que le clergé se croyait plus opprimé par la noblesse que par les rois. U paraît encore que Charles le Chauve fut celui qui attaqua le plus le patrimoine du clergé * , soit qu'il fût le plus irrité contre lui , parce qu'il avait dégradé son père à son occasion , soit qu'il fût le plus timide. Quoi qu'il en soit, on voit dans les capitulaires des querelles continuelles entre le clergé qui demandait ses biens , et la noblesse qui refusait, qui éludait, ou qui différait de les rendre, et les rois entre deux ^.
Cest un spectacle digne de pitié , de voir l'état des choses en ces temps-là. Pendant que Louis le Débonnaire faisait aux églises des dons immenses de ses domaines , ses enfants distribuaient les biens
' Voyei le synode de Tan 945, apud Teudonia villam, art 8 et 4 , qui décrit trè8-l>ien l'état des choses , aussi bien qoe celui delà même année , tenu aa palais de Yemes , art 12 ; et le synode de Beaavais, encore de la même année» art. 3, 4 et 6 ; et le capitniaire in villa Sparnaco , de Tan 846 , art. 20 ; et la lettre que les évèqoes assemblés à Eeims écrivirent, Tan 858, à Louis le Germanique, art 8.
> Voyez le capitulaire in villa Sparnaco, de Tan 8i6. La noblesse avait irrité le roi contre les évéques : de sorte quHl les chassa de rassemblée ; on choisit quelques canons des synodes , et on leur déclara que ce seraient les seuls qu'on observerait; on ne leur accorda que ce qull était impossible de leur refoser. Voyez les articles 90 , 3i et 23. Voyez aussi la lettre que les évéques assemblés écrivirent, Fan 868, à Louis le Germanique, art 8; et l'édit de Pistes , de Pan 864, art 5.
3 Voyez le même capitulaire de l'an 846 , in villa Sparnaco, Voyez aussi le capitulaire de l'assemblée tenue, apid Mort' nam, de Tan 847 , art. 4 , dans laquelle le clergé se retrancha à deoaander qu'on le remit en possession de tout ce dont il avait Joui sous le régne de Louis le Débonnaire. Voyez aussi le capitulaire de Tan 851 , <qmd Marsnam, art. 6 et 7 , qui maintient la noblesse et le clergé dans leurs possessions; et celui apud Bonoilum, de Tan 866, qui est une remontrance des evêques au roi sur ce que les maux , après tant de lois faites , n'avaient pas été réparés; et enfin la lettre que les évéques assemblés écrivirent , Van 658 , à Louis le Germanique , art. 8.
du clergé aux laïques. Souvent la mékne main qut fondait des abbayes nouvelles dépouillait les anciennes. Le clergé n'avait point un état fixe. On lui ôtait : il regagnait; mais la couronne perdnt toujours.
Vers la fin du règne de Charles le Chauve , et depuis ce règne, il ne fut plus guère question des démêlés du clergé et des laïques sur la restitution des biens de l'église. Les évéques jetèrent bien encore quelques soupirs dans leurs remontrances à Charles le Chauve, que l'on trouve dans le capitulaire de l'an 856, et dans la lettre qu'ils écrivûrent à Louis le Germanique, l'an 858 >; mais ils proposaient des choses, et ils réclamaient des promesses tant de fois éludées, que l'on voit qu'ils n'avaient aucune espérance de les obtenir.
Il ne fut plus question que de réparer en général les torts faits dans l'Église et dans l'État ». Les rois s'engageaient de ne point ôter aux leudes leurs hommes libres, et de ne plus donner les biens ecclésiastiques par des préceptions ^ : de sorte que le clergé et la noblesse parurent s*umr d'intérêts.
Les étranges ravages des Normands , conune j'ai dit , contribuèrent beaucoup à mettre fin à ces querelles.
Les rois , tous les jours moins accrédités , et par les Causes que j'ai dites , et par celles que je dirai , crurent n'avoir d'autre parti à prendre que de se mettre entre les mains des ecclésiastiques. Mais le clergé avait affaibli les rois , et les rois avaient affaibli le clergé.
En vain Charles le Chauve et ses successeurs appelèrent-ils le clergé pour soutenir l'État , et eo empêcher la chute 4; en vain se servirent-ils du respect que les peuples avaient pour ce corps « pour maintenir celui qu'on devait avoir pour eux ^ ; en vain cherchèrent-ils à donner de Tauta-
" Art. 8.
> Voyez le capitulaire de Van 851 , art 6 et 7.
3 Charles le Chauve, dans le synode de Soissoos, dit quH avait promis aux évéques de ne plus donner de piéœptioos des biens de l'église. (Capitulaire de Tan 85S , art II , édlt. de Baluze, tom. n, pag. 56.)
4 Voyez dans Nitard , li v. IV, comment , après la fuite de Lo> thaire, les rois Louis et Charles consultèrent les évéques pour savoir s'ils pourraient prendre et partager le royaume qu*Us avaient abandonné. En effet, comme les évéques formaient entre eux un corps plus uni que les leudes « U convenait à en princes d'assurer leurs droits par une résoIuUon des évéques, qui pourraient engager tous les autres seigneurs à les suivra
^ Voyez le capitulaire de Charles le Chauve , apud Sapomarias, de l'an 850 , art S. « Venilon , que J'avais fait archevêque « de Sens, m'a sacré; et Je ne devais être chassé du royaume n par personne, saltem tine audientia etjudieio epùcopO' « ritm, quorum minisUrio in regemtumconstcratut, et qmi