‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 836 sur 975 · DE LA PESANTEUR DES CORPS · texte numérisé non relu

DE LA PESANTEUR DES CORPS

PROlfOlICÉ LB 1*' MAI I7t0.

C'a été de tout temps le destin des gens de lettres de crier contre l'injustice de leur siècle. Il faut entendre un courtisan d'Auguste sur le peu de cas que l'on avait toujours fait de ceux qui par leurs talents avaient mérité la faveur publique. Il faut entendre les plaintes d'un courtisan de Néron ; il ose dire que la corruption est passée jusqu'à ses dieux : le goût est si dépravé, ajoute-t-il, qu'une masse d'or paraît plus belle que tout ce qu'A pelle et Phidias , ces petits insensés de Grecs, ont jamais fait.

Vous n'avez point , Messieurs , de pareils reproches à faire à votre siècle : à peine eûtes-vous formé le dessein de votre établissement, que vous trouvâtes un protecteur illustre capable de le soutenir. Il ne négligea rien de ce qui pouvait animer votre zèle ; et si vous étiez moins reconnaissants , il vous ferait oublier ses premiers bienfaits parla profusion avec laquelle il vous gratifie aujourd'hui. Il ne peut souffrir que le sort de cette Académie soit plus longtemps incertain , il va consacrer un lieu à ses exercices *.

Ces bienfaits , Messieurs , sont pour vous un nouvel engagement ; c'est le motif d'une émulation nouvelle : on doit toujours aller à la fin à proportion des moyens. Ce serait peu pour nous d'apprendre aujourd'hui au public que nous avons reçu des grâces, si nous ne pouvions lui apprendre en nvSme temps que nous voulons les mériter.

Cette année a été une des plus critiques que L' Académie ait encore eu à soutenir ; car, outre la perte

( Cette note fût insérée dans le Journal des Savants, année 1719, page 140 , et le Mereure de janvier 1710. t hloretqut viris et mœnia ponet,

ViBG. .^ncid. 1,264.

DISCOURS ACADÉMIQUES

de cet académicien qui n*a point laissé dans nos cœurs de différence entre le souvenir et les regrets, elle a vu Fabsenoe presque universelle de ses membres, et ses assemblées plus nombreuses dans la capitale du royaume que dans le lieu de sa résidence.

Cette absence nous porte aujourdliui à une place que nous ne pouvons remplir comme nous le devrions. Quand nos occupations nous auraient laissé tout le temps nécessaire, le public y aurait toujours perdu ; il aurait reconnu cette différence que nous sentons {dus que hii-méme : il y a des gens dont il est souvent dangereux de faire les fonctions -, on se trouve trop engagé lorsqu'il faut tenir tout ce que leur réputation a promis.

Vous ferez part au public dans cette séance de quelques-uns de vos ouvrages, et du jugement que vous avez rendu sur une des matières les plus obscures de la physique. Vous avez donné un prix longtemps cKsputé : nos auteurs semblaient vous le demander avec justice. Votre incertitude vous a fait plaisir : vous auriez été bien fâchés d'avoir à porter un jugement plus sûr; et, bien différents des autres juges toujours alarmés dans des affaires problématiques , vous trouviez de la satisfaction dans le péril même de vous tromper.

Nous allons en peu de mots donner une idée des dissertations qui nous ont été envoyées , même de celles qui ne sont point entrées en concours ; et si elles ne peuvent pas plaire par elles-mêmes, peutêtre plairont-elles par leur diversité

Un de ces auteurs, péripatéticien sans le savoir, a cru trouver la cause de la pesanteur dans Tabsence même de retendue. Les corps, selon lui, sont déterminés à s'approcher du centre commun, à cause de la continuité, qui ne souffre point d'intervalle. Mais qui ne voit que ce [nrincipe intérieur de pesanteur qu'on admet ici ne saurait suivre de l'étendue considérée oomnM telle, et qu'il faut nécessairement avoir recours à une cause étrangère?

Un chimiste ou un rose-croix, croyant trouver dans son mercure tous les principes des qualités des corps, les odeurs , les saveurs, et autres, y a vu jusqu'au pesanteur. Coque jedis ici compose toute sa dissertation, à l'obscurité près.

Dans le troisième ouvrage, l'auteur, qui affecte l'ordre d'un géomètre, ne l'est point. Après avoir posé pour principe la réaction de^ tourbillons , il abandonne aussitôt cette idée pour suivre absolument le système de Descartes. Ce n'est que ce même système rendu moins probable qu'il ne l'était déjà. Il passe les grandes objections que M. Huygens

a proposées, et s'amuse à des choses imitiles. et étrangères à son sujet. On voit bien que c'est m homme qui a manqué le chemin , qui eue, et porte ses pas vers le premier objet qui se présente.

La quatrtèmedissertation est entrée en eoneovn. L'auteur pose pour principe que tout iDomreineDt centrifuge qui ne peut éloigner son mobile da eeotre par l'opposition d'un obstacle , se rabat sur luimême, et se change en mouvement centripète. Il se fait ensuite la célèbre objection : < D'où ?ientqoe < les corps pesants tendent vers le centre de la terre, « etnonpasverslespointsdel'axecorrespondaiits?* et il y répond en grand physicien. On sait que h force centrifuge est toujours ^e au carré de la vitesse divisé par le diamètre de la drcalation; et comme le diamètre du cercle de la matière qui circule vers le tropique est plus petit que celui de la matière qui circule vers l'^piateur, il s'ensuit que sa force centrifuge est plus grande; mais cette force , ne pouvant avoir tout son effet du eâté où die est directement déterminée , porte son raooveoMBt du côté où elle ne trouve pas tant de résistaDee,et oblige les corps de céder vers le centre. Quant in fond du système, il est difficile de conoeroir que la force centrifuge, se réfléchissant en forée centripète, puisse produire la pesanteur : il semble m contraire que , les corps étant poussés et repoessés par une égale force, l'action devient nulle .'principe qui peut seulement servir h expliquer la cause de l'équilibre universel des tourbillons.

U faut l'avouer cependant, on trouve daoscit ouvrage la main d'un grand mattre : oo peut l< comparer mix ébaudies de ces peintres fameost qui, tout imparfaites qu'elles sont, ne laissent pis d'attirer les yeux et le respect de ceux qui cobbibsent l'art.

La dissertation suivante est simple, ''^'^ ingénieuse. L'auteur remarque que les rayon» * la maUère éthérée tendent toujours k se meuvoiroi ligne droite; et conune cette matière ne pcwP' ser les bornes du tourbillon où elle est eofei^' elle ne cesse de faire effort pour se Tépsoàttvii^ les espaces intérieurs occupés par une matière et^

gère, comme la terre et les planètes. Si ofi* P^ nète venait à être anéantie, la matière ^JjJ^j ronne se répandrait dans ce nouvel espace î «'•'*'

donc effort pour se dilater de la ^^'^^'^^^ centre, et, par conséquent, doit en ce sens P<>''^

les corps durs qu'elle rencontre.

Le grand défaut de cet ouvrage est quo

ses y sont traitées très-superficicUement 0»^ trouve point cetu forée de génie qui ^^^J^^ sujet, ni, si j'ose me servir de cette exprW*'*''

DISCOURS ACADEiaQUES.

eette penpicadlé géométrique qui le pénètre : on y Toit au contraire quelque chose de lâche, et, si |*ot6 le dire, d*efféniiné; ce sont de jolis traits, mais ee n'est pas cette grave majesté de la nature. Mous arrivons à la dissertation qui a remporté le prix'. Elle a obtenu les suffrages, non pas par la nouTcauté du système , mais par le nouveau degré de probabilité qu'elle j ajoute , par la solidité des raisonnements , par les objections , par les réponses de Fauteur à MM. Saurin et Huygens , enfin par tout Tensemble qui fait un système complet. L'auteur, naattre de sa matière, en aconnu le fort et le faible, el a été en état de profiter des lumières des grands génies de notre siècle. La lecture qu'on en va faire nous dispense d'en dire davantage.

DISCOURS

sua LA CAUSE

DE LA TRAI9SPARENCE DES œRPS ,

PaOlHMICÉ LB 35 AOUT 1790.

L'Académie proposa l'année dernière un second prix sur la transparence. Cette matière, liée avec le système de la lumière , a paru sans doute trop étendue, et a rebuté les auteurs.

Privé des secours étrangers , il faut que le public y perde le moins possible , mais il y perdra toujours ; et, dans la nécessité où nous sonunes de traiter ce 8^jet, convaincu de notre peu de suffisance, nous aimons encore mieux nous eiouser sur le peu de temps que nos occupations nous ont laissé.

Il semble d'abord qu' Aristote savait bien ce que c'était que la transparence, puisqu'il définissait la lumière Vacte du transparefU en tant que trans* pateni; mais, pour bien dire, il ne connaissait ni la transparence ni la lumière. Accoutumé à tout eipKqoer pttr la cause finale, au lieu de raisonner fiar la caose formelle, il regardait la transparence comme une idée claire, quoiqu'elle ne puisse paraître tdle qu'à ceux qui savent d^à ce que c'est que la Imnière.

La plupart des modernes croient que la transparence est reffÎBt de la rectitude des pores , lesquels peuvent, selon eux, facilement transmettre l'action de la lumière.

■ fHâaeHaHoH êur la causé de ia pesanteur, etc. par BdnlUfll , doctour en médediie de la faculté de Montpellier. M.

Un de nos confrères a cm devoir douter des pores droits, en disant que si l'on coupe un cube do verre, il transmet la lumière de tous côtés. Pour moi, j'avoue que cette hypothèse des pores droits me paraît plus ingénietise que vraie : je ne trouve pas que cette régularité s'accorde avec l'arrangement fortuit qui produit toutes les formes. Il me semble que cette idée des pores droits ne rend pas raison de la question dont il s'agit; car ce n'est pas de ce que quelques corps sont transparents que^ je suis einbarrassé , mais de ce qu'ils ne sont pas tous transparents.

Il est impossible qu'il y ait sur la terre une matière si condensée qu'elle ne donne passage aux globules. Supposez des pores aussi tortus que vous voudrez ; il faut qu'ils laissent passer la lumière , puisque la matière éthérée pénètre tous les corps.

Les corps sont donc tous transparents d'une manière absolue ; mais ils ne le sont pas tous d'une manière relative. Ils sont tous transparents , parce qu'ils laissent tous passer des rayons de lumière ; mais il n'en passe pas toujours un assez grandnombre pour former sur la rétine l'image des objets.

On voit par les expériences de Newton que tous les corps colorés absorbent une partie des rayons , et renvoient l'autre : ils sont donc opaques en tant qu'ils renvoient les rayons , et transparents en tant qu'ils les absorbent.

Nous voyons, dans le Journal des Savants, qu'un homme qui resta six mois enfermé dans une prison obscure voyait sur la fin tous les objets trèsdistinctement , ses yeux étant accoutumés à recevoir un très-petit nombre de rayons : l'organe de la vue commença à être ébranlé par une lumière si faible , qu'elle était insensible à d'autres yeux qui n'avaient pas été ainsi préparés. Il y a apparence qu'il y a des animaux pour lesquels les murailles les plus épaisses sont transparentes.

De tout ceci je crois pouvoir admettre ce principe , que les corps qui opposent le moins de petites, surfaces solides aux rayons de lumière qui les traversent, sont les plus transparents; qu'à proportion qu'ils en opposent davantage, ils le paraissent moins; et qu'ils commencent de paraître opaques dès qu'ils ne laissent pas passer assez de rayons pour ébranler l'organe de la vision; ce qui est encore relatif à la conformation des yeux , et à la disposition présente où ils se trouvent.

Lorsque nous pourrons un peu méditer sur cette matière, nous pourrons tirer un meilleur parti de ces idées, et expliquer ce que nous ne faisons ici. que montrer.

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OBSERVATIONS SUR L'HISTOIRE NATURELLE

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