‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 930 sur 975 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

A Vérone.

Mon cher ami, vos titres se multiplient teUement que je ne puis plus les retenir; voyons... comte de Glavières, chanoine de Toumay , chevalier d'une croix impériale, membre de l'Académie des inscriptions , de celles de Londres , de Beriin, et de tant d'autres, jusqu'à celle de Bordeaux : vous méritez bien tous ces honneurs , et bien d'antres encore.

Je suis bien aise que vous ayez eu du iuceèi

* LHi8agedeUooiirdeyieoDeeitdeoepoiDtdoiiDer,eiaHH dans plasiean anties, an pvéo^tearenchefaiizpfiiieeidt la maison, mais seulement des instrocteors, dont chaaMi est chargé d'enseigner la partie de littérature qa*aii leur Mt a^ prendre ; et dans le choix de ceux quHm nomme poor œs diCKrents départements , on ne oonsnlle que la capacité , égard à la condition des personnes.

dans la négociation pour votre chapitre. Il est heureux de vous avoir, et fait bien de vous députer à la cour pour ses afïiaires , plutôt que de vous retenir pour chanter et pour boire; car je suis sûr que vous négociez aussi bien que vous chantez mal et que vous buvez peu. Je suis fâché que Taffaire qui vous regardait personnellement ait manqué. Vous n'êtes pas le Seul qui y perdiez ; et il vous reste votre liberté, qui n*est pas une petite chose : mais l'étiquette ne dédommagera pas de Tavantage dont on s'est privé; quoique je soupçonne qu'il pourrait bien y avoir d'autres raisons que l'étiquette, que l'exemple des autres cours aurait pu faite abandonner. Quand certaines gens ont pris racine, ils savent bien trouver des moyens pour écarter les hommes éclairés : d^ailleurs, vous n'êtes point un bel-esprit du pays de Liège ou de Luxembourg. Je me réserve là-dessus mes pensées.

Votre lettre m'a été rendue à la Brède , oi^ je suis. Je me promène du matin au soir en véritable campagnard , et je fais ici de fort belles choses eo dehors.

Vous voilà donc parti pour la belle Italie. Je suppose que la galerie de Florence vous arrêtera longtemps. Indépendamment de cela, de mon temps cette ville était un séjour channant; et ce qui fut pour moi un objet des plus agréables fut de voir le premier ministre du grand-duc sur une petite chaise de bois, en casaquin et chapeau de paille, devant sa porte. Heureux pays, m'écriai-je , où le premier ministre vit dans une si grande simplicité et dans un pareil désœuvrement ! Vous verrez madame la marquise Ferroni et l'abbé Miccolini : parlez-leur de moi. Embrassez bien de ma part monseigneur Cerati, à Pîse;etpourTurin, vous connaissezmon cœur, notre grand prieur, MM. les marquis de Breil et de Saint- Germain. Si l'occasion se présente, vous ferez ma cour à son altesse sérénissime. Si vous écrivez à M. le comte de Cobentzel, à Bruxelles, je vous prie de le remercier pour moi , et marquez-lui combien je me sens honoré par le jugement qu'il porte sor ee qui me regarde. Quand il y aura des ministres comme loi , on pourra espérer que le goût des lettres se ranimera dans les États autrichiens; et alors vous n'entendrez plus de ces propositions erronées et malsonnantes qui vous ont scandalisé. Je crois bien que je serai à Paris dans le temps que TOUS y viendrez. J'écrirai à madame la duchesse d'Aiguillon combien vous êtes sensible à son oubli ; mais, mon cher abbé, les dames ne se sou- Tiennent pas de tous les chevaliers : il £aiut qu'ils soient paladins. Au reste, je voudrais bien vous tenir Iniit jours à la Brède, à votre retour de

Rome, nous parlerions de la belle Italie et de la forte Allemagne.

Voilà donc Voltaire qui paraît ne savoir où reposer sa tête « : ^^ eadem teUut ^ quœ modo vietori defueraty deesset ad sepulturam. Le bon esprit vaut mieux que le bel esprit.

A l'égard de M. le duc de Nivemoîs , ayez la bonté de lui faire ma cour quand vous le verrez à Rome , et je ne crois pas que vous ayez besoin d'une lettre particulière pour lui. Vous êtes son confrère à l'académie, et il vous connaît; cependant , si vous croyez que cela soit nécessaire , mandez-le-moi. Adieu.

De la Brade, oe sa leptembre 1763.

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