‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 932 sur 975 · A D'ALEMBERT · texte numérisé non relu

A D'ALEMBERT

Vous prenez le bon parti; en fait d'huître, on ne peut faire mieux. Dites, je vous prie, à madame du Deffand que si je continue à écrire sur la philosophie, elle sera ma marquise. Vous avez beau vous défendre de l'académie, nous avons des matérialistes aussi : témoin l'abbé d'Olivet, qui pèse au centre et à la circonférence ; au lieu que vous , vous ne pesez point du tout. Vous m'avez donné de grands plaisirs. J'ai lu et relu votre discours préliminaire : c'est une chose forte , c'est une chose charmante , c'est une chose précise; plus de pensées que de mots, du sentiment comme des pensées, et je ne finirais point.

Quant à mon introduction dans V Encyclopédie , c'est un beau palais où je serais bien glorieux de mettre les pieds ; mais pour les deux articles Démo* cratie et Despotisme, je ne voudrais pas prendre ceux-là; j'ai thré, sur ces articles, de mon cerveau tout ce qui y était. L'esprit que j'ai est un moule, on n'en tire jamais que les mêmes portraits : ainsi je ne vous dirais que ce que j'ai dit, et peut^tre

* Ceci est rdaUf à Mm départ de BerUn , et à sa fâcbsoM tveoture de Francfort

plus mal que je ne Tai dit. Ainsi , si vous voulez de moi, laissez à mon esprit le choix de quelques articles ; et si vous voulez ce choix , ce sera diez ma* dame du Deffand avec du marasquin. Le P. Castel dit qu'il ne peut pas se corriger, parce qu'en corrigeant son ouvrage, il en fait un autre; et moi je ne puis pas me corriger, parce que je chante toujours la même chose. Il me vient dans Tesprit que je pourrais prendre peut-être Tarticle Goûi, et je prouverai bien que difficile est pi-oprie communia

dieere^.

Adieu, monsieur; agréez , je vous prie, les sentiments de la plus tendre amitié.

De Bofdeanz, le 18 novembre 1768.

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