‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 10 sur 1093 · MÉLITE, ÉRASTE, TIRCIS · texte numérisé non relu

MÉLITE, ÉRASTE, TIRCIS

ÉRASTE

De deux amis , madame , apaisez la querelle. Un esclave d'amour le défend d'un rebelle; Si toutefois un cœur qui n'a jamais aimé. Fier et vain qu'il en est, peut être ainsi nommé. Comme, dès le moment que je vous ai servie. J'ai cru qu'il était seul la véritable vie , Il n'est pas merveilleux que ce peu de rapport Entre nos deux esprits sème quelque discord. Je me suis donc piqué contre sa médisance Avec tant de malheur, ou tant d'insuffisance, Que des droits si sacrés et si pleins d'équité N'ont pu se garantir de sa subtilité , Et je l'amène ici , n'ayant plus que répondre , Assuré que vos yeux le sauront mieux confondre.

MÉLITE

Vous deviez l'assurer plutôt qu'il trouverait , En ce mépris d'amour, qui le seconderait.

TIRCIS

Si le cœur ne dédit ce que la bouche exprime , Et ne fait de l'amour une plus haute estime , Je plains les malheureux à qui vous en donnez , Comme à d'étranges maux par leur sort destinés.

MÉLITE

Ce reproche sans cause avec raison m'étonne. Je ne reçois d'amour et n'en donne à personne. Les moyens de donner ce que je n'eus jamais!

Ils vous sont trop aisés ; et par vous désormais

La nature pour moi montre son injustice

A pervertir son cours pour me faire un supplice.

MÉLITE

Supplice imaginaire, et qui sent son moqueur.

ÉRASTE

Supplice qui déchire et mon âme et mon cœur.

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