‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 1048 sur 1093 · PRUSIAS, NICOMÈDE, ARSINOÉ, LAODICE, FLAMLMUS, ATTALE, CLÉONE · texte numérisé non relu

PRUSIAS, NICOMÈDE, ARSINOÉ, LAODICE, FLAMLMUS, ATTALE, CLÉONE

Tout est calme , seigneur ; un moment de ma vue A soudain apaisé la populace émue.

PEUSIAS.

Quoi ! me viens-tu braver jusque dans mon palais , Rebelle ?

C'est un nom que je n'aurai jamais.

' Corneille dit lui-même, dans son Examen, qu'il avaitd'abonl lini sa pièce sans faire revenir l'ambassadeur et le roi ; qu'il n'a fait ce changement que pour plaire au public , qui aime à voir à la tin d'une pièce tous les acteurs réunis ; il convient que ce retour avilit encore plus le caractère de Prusias, de même que celui deFlaminius, qui se trouve dansunesiluation humiliante, puisqu'il semble n'être revenu que pour être témoin du triomphe di' son ennemi. Cela prouve que le plan de cette tragédie était im praticable. (V.)

î La pensée est très-mal exprimée; il fallait dire. Ravissonsleur en mourant la gloire d'ordonner de notre sort; il fallait au moins s'énoncer avec plus de clarté et de justesse. (V.)

5 Manquer à remplir l'effort d'une estime! On s'indignt quand on voit la profusion de ces irrégularités , de ces ternies impropres. On ne voit point c^tte foule de barbarismes dans le* belles scènes des Uoraces et de Cinna. Par quelle fatalité Cor iieille écrivait-il toujours avec plus d'incorrection , et dans un style plus grossier, à mesure que la langue se perfectionnait sous Louis XIV? Plus son goût el son style devaient se perfectionner, et plus ils se corrompaient. (V.J

NICOMEDE, ACTE V, SCÈNE lY.

Je ne viens point ici montrer à votre haine Un captif insolent d'avoir brisé sa chaîne; Je viens en bon sujet vous rendre le repos ' Que d'autres intérêts troublaient mal à propos. Non que je veuille à Rome imputer quelque crime : Du grand art de régner elle suit la maxime ; Et son ambassadeur ne fait que son devoir, Quand il veut entre nous partager le pouvoir. Mais ne permettez pas qu'elle nous y contraigne; Rendez-moi votre amour, afin qu'elle vous craigne ; Pardonnez à ce peuple un peu trop de chaleur Qu'à sa compassion a donné mon malheur; Pardonnez un forfait qu'il a cru nécessaire, Et qui ne produira qu'un effet salutaire.

Faites-lui grâce aussi, madame, et permettez Que jusques au tombeau j'adore vos bontés. Je sais par quel motif vous m'êtes si contraire : Votre amour maternel veut voir régner mon frère ; Et je contribuerai moi-même à ce dessein , Si vous pouvez souffrir qu'il soit roi de ma main. Oui , l'Asie à mon bras offre encor des conquêtes ; Et pour l'en couronner mes mains sont toutes prêtes : Commandez seulement, choisissez en quels lieux ; Et j'en apporterai la couronne à vos yeux.

ARSINOÉ

Seigneur, faut-il si loin pousser votre victoire, Et qu'ayant en vos mains et mes jours et ma gloire, La haute ambition d'un si puissant vainqueur Veuille encor triompher jusque dedans mon cœur.' Contre tant de vertu je ne puis le défendre ; Il est impatient lui-même de se rendre. Joignez cette conquête à trois sceptres conquis , Et je croirai gagner en vous un second fils.

PBUSIAS.

Je me rends donc aussi , madame ; et je veux croire Qu'avoir un fils si grand est ma plus grande gloire '. Mais, parmi les douceurs qu'enfin nous recevons. Faites-nous savoir, prince, à qui nous vous devons.

L'auteur d'un si grand coup m'a caché son visage ;

' Nicomède , toujours lier et clé(Iaip;noux , bravant toujours son père, sa marâtre, et les Romains, devient généreux, et même docile , dans le moment où ils veulent le pei- dre , et où il se trouve leur maître. Cette grandeur d'Ame réussit toujours; mais il ne doit pas dire qu'il adore les bontés d'Arsinoé : quant au royaume qu'il offre di^ conquérir au prince Attale, cette promesse ne parait-elle pas trop romanesque? et ne peut-on pas craindre que cette \anllé ne fasse un(! oj)po.sition trop forte avec les discours nobles et sensés qui la précédent ? Au reste , le retour de Nicoméde dut faire {;rand plaisir aux spectateurs; et je présume qu'il en eut fait davanta};e, si ce prince eùl été dans un danger évident (U\ perdn; la vie. (V.)

' Si Prusia-s n'est pas du commencement jusqu'à la lin un vieillard de comédie, j'ai tort. (V.)

COUNEIIXE. — TOME I.

Mais il m'a deiuandé mon diamant pour gage' , Et me le doit ici rapporter dès demain.

ATTALE

Le voulez-vous, seigneur, reprendre de ma main ?

Ah! laissez-moi toujours à cette digne marque Reconnaître en mon sang un vrai sang de nionaivpie. Ce n'est plus des Romains l'esclave ambitieux , C'est le libérateur d'un sang si précieux. Mon frère , avec mes fers vous en brisez bien d'autres , Ceux du roi , de la reine, et les siens et les vôtres. Mais pourquoi vous cacher en sauvant tout l'Etat ?

ATTALE

Pour voir votre vertu dans son plus haut éclat ; Pour la voir seule agir contre notre injustice , Sans la préoccuper par ce faible service ; Et me venger enfin ou sur vous ou sur moi , Si j'eusse mal jugé de tout ce que je voi. Mais, madame....

ARSINOE.

Il suffit, voilà le stratagème Que vous m'aviez promis pour moi contre moi-même.

(à Nicomède.) Et j'ai l'esprit, seigneur, d'autant plus satisfait, Que mon sang rompt le cours du mal que j'avais fait.

NICOMÈDE, à Flam'mitis.

Seigneur, à découvert , toute âme généreuse D'avoir votre amitié doit se tenir heureuse ; ]\Iais nous n'en voulons plus avec ces dures lois Qu'elle jette toujours sur la tête des rois » : Nous vous la demandons hors de la servitude;

' Attale parait ici bien prudent, et Nicomède bien peu curieux; mais, si ce moyen n'est pas digne de la tragédie, la situation n'en est pas moins belle : il parait seulement bien injuste et bien odieux qu'Atlale ait assassiné un oflicier du roi son père, qui faisait son devoir ; ne pouvait-il pas faire une belle action sans la souiller par cette lu)rreur? A l'égard du diamant, j je ne sais si Boileau, qui blâmait tant l'anneau royal dans Astrale, était coulent du diamant de Nicomède. (V.)

* Jeter des lois sur la tiflel cette métapbore a le vice que nous avons remarqué dans les autres, de man()uer de justesse, parcequ'on ne peut jeter une loi comme on Jette de l'opprobre, de l'infamie, du ridicule : dans ces cas , le moi jeter rappelle l'idée d(> quelque souillure dont on peut physiquement couvrir quelqu'un; mais on ne peut rouvrir un homme d'une loi. Je n'ai rienàdired(!plussurla piècede /V(c«w(îc/t; il faut lire l'Kxamen que l'auteur lui-même en a fait. (V.) — Il nous sendjle que Voltaire en a bien dit assez. Ses observations , lorscju'elies tiennent à l'art même , qu'il connaissait très-bien , sont , en général, dignes de lui. Parmi ses crilifiues fie détail, il en est même auxquelles on m- peut méconnaitnî la pureté et la^délic;itesse de son goût; mais souvent il est sévère au point d'être injuste. Nous convenons que le slyli! de cette piéc(î est trop inégal, et Voltaire n'avait pas besoin de tant de remanpiesoiseu.ses pour le prouver : il dev;dt du moins avoir toujours raison , et nous avons démontré l'injustice de plusieurs de ses critiques. Mais quelque effort qu'il ait fait pour rabaisser le personnage de Ni-

Ou le nom d'ennemi nous semblera moins rude.

FLAMiNius , à Nicomède.

C'est de quoi le sénat pourra délibérer : Mais cependant pour lui j'ose vous assurer, Prince , qu'à ce défaut vous aurez son estime , Telle que doit l'attendre un cœur si magnanime; Et qu'il croira se faire un illustre ennemi , S'il ne vous reçoit pas pour généreux ami.

Nous autres', réunis sous de meilleurs auspices, Préparons à demain de justes sacrifices ; Et demandons aux dieux , nos dignes souverains , Pour comble de bonheur l'amitié des Romains '.

romède , ce personnage n'en est pas moins une des conceptions qui honorent le plus le génie de Corneille. Le dénoùment nous parait aussi de la plus grande beauté; et il en est peu de plus applaudis. (P.)

' Nicomède est dans le goût de Don Sanche d'Aragon. Les Espagnols, comme on l'a déjà dit, sont les inventeurs de ce genre, qui est une espèce de comédie héroïque. Ce n'est ni la terreur ni la pitié de la vraie tragédie; ce sont des aventures extraordinaires, des bravades, des sentiments généreux, et une intrigue dont le dénoùment heureux ne coûte ni de sang aux personnages, ni de larmes aux spectateurs. L'art dramatique est une imitation de la nature , comme l'art de peindre. Il y a des sujets de peinture sublimes , il y en a de simples ; la vie commune, la vie champêtre, les paysages, les grotesques même , entrent dans cet art : Raphaël a peint les horreurs de la mort , et les noces de Psyché. C'est ainsi que dans l'art dramatique on a la pastorale, la farce, la comédie, la tragédie, plus ou moins héroïque, plus ou moins terrible, plus ou moins attendrissante. Lorsqu'on rejoua, en 1756, Nicomède, oublié pendant plus de quatre-vingts ans , les comédiens du roi ne l'annoncèrent que sous le titre de tragi-comédie. Cette pièce est peut-être une des plus fortes preuves du génie de Corneille; et je ne suis pas étonné de l'affection qu'il avait pour elle. Ce genre est non-seulement le moins théâtral de tous , mais le plus difficile à traiter. Il n'a point cette magie qui transporte l'àme , comme le dit si bien Horace :

Ille per exlentum funem miki passe videiur Ire.poeUi, meum qui pectus inaniter angit , Irritât , mulcet , falsis terroribus implet i:t mafjvs ; et mode me Thebis , modo ponit Aihenis.

Ce genre de tragédie ne se soutenant point par un sujet pathétique , par de grands tableaux , par les fureurs des passions, l'auteur ne peut qu'exciter un sentiment d'admiration pour le héros de la pièce. L'admiration n'émeut guère l'àme, ne la trouble point : c'est de tous les sen timenls celui qui se refroidit le plus tôt. Le caractère de Nicomède avec une intrigue terrible, telle que celle de Rodogune, eût été un chef-d'œuvre. fV.;» — Après Héruclius, le talent de Corneille commence à baisser. Il ne s'était pourtant écoulé que l'espace de dix ans entre celte tragédie et celle du Cid, et l'auteur n'en avait encore que quarante. C'estràgeoiiTespritestdans sa plus grande force : c'est depuis cet âge que Voltaire a fait le plus grand nombre de ses chefsd'œuvre. Racine avait cinquante ans quand il composa son admirable Athalie ; et à cette même époque nous ne trouvons plus que deux ouvrages où le grand Corneille, déjà fort inférieur à lui-même dans le choix des sujets et dans la composition tragique, se retrouve encore à sa hauteur, au moins dans quelques scènes, je veux dire Nicomède et Scrloriiis. Il semble que l'auteur de Nicomède ait voulu faire voir dans cette pièce le contraste singulier de toutes celles où il avait fait triompher la

EXAMEN DE NICOMÈDE

EXAMEN DE NICOMEDE

Voici une pièce d'une constitution assez extraordinaire : aussi est-ce la vingt et unième que j'ai mise sur le théàtie;

grandeur romaine : ici elle est sans cesse écrasée , et l'on dirait qu'il a voulu en faire justice. Cette singularité prouve les ressources de so'n talent , qui se montre encore dans le rôle de Nicomède. On aime à voir la fierté de ces tyrans du monde foulée aux pieds par un jeune héros , élève d'Annibal. Ce rôle soutient la pièce , qui d'ailleurs n'a rien de tragique. Aucun des personnages n'est jamais dans un véritable danger. C'est une intrigue domestique à la cour d'un roi vieux et faible, à qui l'on veut donner un successeur. Une belle-mère ambitieuse veut écarter Nicomède du trône, et y placer son lils Attale : les ressorts de l'intrigue sont entre les mains de deux subalternes qui ne paraissent même pas; ce sont deux faux témoins subornés par la reine, et qu'elle prétend subornés par Nicomède. Il s'agit d'un projet d'empoisonnement : mais l'accusation est si peu vraisemblable, Nicomède si puissant , si bien soutenu par ses exploits et par la faveur du peuple, et, d'un autre côté, la reine a tellement subjugué la vieillesse de Prusias , qu'il est impossible de craindre pour personne. Le dénoùment est très-défectueux , parce qu'il se trouve à la lin qu' Attale , méprisé par Nicomède , et traité iVhoynme sans cœur, fait une action de générosité très-éclatante , et que tout à coup Nicomède lui est redevable de la vie , sans que l'on comprenne bien comment celte vie a été en péril. Joignez à ces défauts la faiblesse et l'avilissement extrême de Prusias, et l'on conviendra que Voltaire a raison quand il dit que l'auteur aurait dû appeler cet ouvrage comédie héroïque , et non pas tragédie. (La H.) — Nicom.ède n'est pas, comme le dit Voltaire , dans le goût de Don Sanche d'Aragon. Don Sanche n'est qu'un personnage de pure fantaisie, un aventurier, ou, si l'on veut, un héros de roman; et Nicomède , Prusias , Attale , Flaminius , sont des personnages historiques. Observez d'ailleurs avec quel art Corneille, par un choix heureux de circonstances, a su prêter à son sujet tout l'éclat dont il était susceptible. C'est chez Prusias même, père de Nicomède, qu'Annibal, se méfiant avec raison de la faiblesse de ce prince, venait d'éviter, par une mort volontaire, l'affront d'être livré aux Romains; et non-seulement Corneille ne manque pas d'enrichir son sujet de ce trait d'histoire, et de prêter, si nous l'osons dire, à sa pièce l'appui du grand nom d'Annibal , mais il suppose que Nicomède avait été l'élève de ce héros dans l'art de la guerre , et l'héritier de toute sa haine contre les Romains. Observez encore que jamais Corneille n'a peint avec plus de vérité que dans cette pièce la politique insidieuse de ces mêmes Romains , et la tyrannie qu'ils exerçaient sur les rois; et jugez si l'intrigue romanesque de Don Sanche d'Aragon peut être comparée à ces grands objets. Il faut avouer cependant que trop de familiarités et de négligences dans le style de Nicomède ne permettent pas de mettre cette pièce au rang des chefs-d'œuvre de Corneille ; mais nous ne la regardons pas moins comme une de ses plus étonnantes productions. On a dit àe\A Bérénice de Racine, que c'était une de ses plus faibles tragédies , ou même que ce n'était point une tragédie , mais que Racine pourtant était seul capable de faire un si bel ouvrage. Nous croyons qu'à beaucoup d'égards on en pourrait dire autant de Nicomède. Quel autre, en effet, que Corneille, eût osé concevoir le projet d'une tragédie qui ne serait soutenue par aucune de ces passions sans lesquelles on aurait cru que la tragédie ne pouvait exister? Lui-même reconnaît qu'elles n'ont aucune part dans celte pièce; et véritablement il l'a fondée tout entière sur le sentiment d'admiration que doit inspirer un grand homme qui n'oppose à tous les malheurs dont il est menacé qu'un courage inébranlable , et une fierté qui ne se dément jamais. Tel est , en effet , d'un bout à l'autre de la pièce , le caractère de Nicomède. Dédaignant de se plaindre, et ne pouvant

EXAMEN DK iXICOMEÙE.

(1 ajit s y avoir fail «écitei (luaranti' luille vers, il est bien iiiulaisé de trouver iiiielciiK.' cliose île nouveau, sans s'écarter un peu du grand chemin, et se mettre au iiasard de s'égarer. La tendresse et les passions, qui doivent étio l'àme des tragédies, n'ont aucune part en celle-ci; la grandeur de courage y règne seule, et regarde son malheur d'un œil si dédaigneux, qu'il n'eu saurait arracher une plainte. Elle y est combattue par la politique, et n'oppose à ses artifices qu'une prudence généreuse, qui marche à visage découvert, qui prévoit le péril sans s'émouvoir, et qui ne veut point d'autre appui que celui de sa vertu et de l'amour qu'elle imprime dans les cœurs de tous les peuples.

L'histoire qui m'a prêté de quoi la faire paraître en ce haut degré est tirée du trente-quatrième livre de Justin. J'ai ôté de ma scène l'horreur de sa catastrophe, où le fils liiit assassiner son père qui lui en avait voulu faire autant, et n'ai donné ni à Prusias ni à Nicomèdc aucun dessein de j>arricide. J'ai fait ce dernier amoureux de Laodice, reine d'Arménie , afin que l'union d'une couronne voisine à la sienne donnât plus d'ombrage aux Romains, et leur fit prendre plus de soin d'y mettre un obstacle de leur part. J'ai approché de cette histoire celle delà mort d'Annibal, qui a-riva un peu aupaiavant chez ce même roi , et dont le nom n'est pas un petit ornement à mon ouvrage. J'en ai Hiit Nicomède disciple, pour lui prêter plus de valeur et plus de fierté contie les Romains; et prenant l'occasion de l'ambassade où l'Iaminius fut envoyé par eux vers ce roi leur allié pour dmuander qu'on remît entre leurs mains ce vieil ennemi de leur grandeur, je l'ai chargé d'une commission secièle de traverser ce mariage, qui leur devait donner de la jalousie. J'ai fait que pour gagner l'esprit de la reine, ([ui, suivant l'ordinaire des secondes femmes, avait tout pouvoir sur celui de son vieux ma;i,illui ramène un de ses fils , que mon auteur m'apprend avoir été nourri à Rome. Cela fait deux effets; car, d'un côté, il obtient la perte d'Annibal [lar le moyen de cette mère ambitieuse, et , de l'autre, il o[)pose à Nicomède un rival appuyé

s'abaisser un moment à la dis.simulation, il ne sait combattre SCS persécuteurs que par l'excès de son mépri.s. C'est en s'armant contre eux de l'ironie la plus accablante qu'il parvient souvent à les déconcerter, sans épargner même la faiblesse de son propre père. Ce qu'on n'a point »!ncore osé tenter en comédie, le caractère du railleur, Corneille a su le rendre héroïque dans la tragédie. Nous le répétons , cette prodigieuse difficulté ne pouvait être vaincue que par .son génie ; et Voltaire , en disant que celte pièce est dans le goût de Don Sunche d'Aragon , ipielque éloge (pi'il en fasse ensuite, semble n'avoir senti que faiblement ce qu'elle a de vraiment admirable. Elle se soutiendra avec éclat nu thé,-itre,tanl(|u'il restera des acteurs qui réuniront, comme le ci'lébre leKain, à une grande supériorité d'intelligence et de talent , assez de noblesse pour rendre dans toute sa dignilé le beau per.soimage de Nicomède. Voltaire dit qu'après avoir été oubliée pendant plus de quatre-vingts ans, celle pièce ne reparut (ju'en iTTiO, et que les comédiens n'osèrent lui donner (|ue le litre de tragi-comédie. Il devait ajouter (|u'elle reparut d'une manière si brillante, t|ue bientôt on ne lui (loiuia plus sur les affiches que le litre de tragédie; titre que (Corneille lui avait donné dans son oiigine , et ([u'elle porte en effet dans toutes lesédilLons. Il est vraicprelleesldu nombre de ces pièces qui ne peuvent se passi-r du talent d'un trè.s-graud acteur, et qui doivent, par conséqui-nl , di.sparaiire a.ssc/. fréquenniient du tliéàlre. (t>.;

ile toute la faveur des Romains , jaloux de sa gloire et de sa grandeur naissante.

Les assassins qui découvrirent à ce prince les sanglants desseins de son père, m'ont donné jour à d'autres artifices pour le faire tomber dans les embûches que sa belle-mère lui avait préparées ; et pour la fin , je l'ai réduite en sorte que tous mes personnages y agissent avec générosité, et que les uns rendant ce qu'ils doivent à la vertu, et les autres demeurant dans la fermeté de leur devoir, laissent un exemple assez illustre et une conclusion assez agréable.

La représentation n'en a point déplu , et c« ne sont pas les moindres vers qui soient paitis de ma main. Mon principal but a été de peùidre la politique des Romains au dehors , et comme ils agissaient impérieusement avec les rois leurs alliés ; leurs maximes pour les empêcher de s'accroître, et les soins qu'ils prenaient de traverser leur grandeur quand elle conunençait à leur devenir suspecte à force de s'augmenter et de se rendre considérable par de nouvelles conquêtes. C'est le caractère que j'ai donné à leur iéi)ubli(pie en la personne de sou ambassadeur Flaminius à qui j'oppose un prince intrépide , qui voit sa perte assurée sans s'ébranler, et qui brave l'orgueilleuse masse de leur puissance , lors môme qu'il en est accablé. Ce héros de ma façon sort un peu des règles de la tragédie , en ce qu'il no cherche point à faire pitié par l'excès de ses infoitunes : mais le succès a montré que la fermeté des grands co'urs, qui n'excite que de l'admiration dans l'Ame du spectateur, est quelquefois aussi agréable (jne la compassion (pu; notre art nous ordonne d'y produire par la représentai ion de leurs malheurs. 11 en fait naître toutefois (luelcju'une, mais elle ne va pas jusqu'à tirer des larmes. Son effet se borne à mettre les auditeurs dans les intérêts de ce prince, et à leur faiie former des souhaits pour ses prospérités.

Dans l'admiration qu'on a pour sa vertu , je trouve une manière de purger les passions, dont n'a point parlé Aristote, et qui est peut-être plus sûre que celle qu'il presciit à la tragédie par le moyen de la pitié et de la crainte. L'amour (pj'elle nous donne pour cette vertu (jue nous admirons , nous imprime de la haine pour le vice contraire. La grandeur de courage de Nicomède nous laisse une aversion de la pusillanimité; et la généreuse reconnaissance d'IIéraclius qui expose sa vie pour Martian,à qui il est redevable de la sienne , nous jette dans rirorreur de l'irrgratiliide.

Je ne veux point dissimuler (prc cette pièce est une de celles pour qrri j'ai le plus d'amitié. Aussi rr'y remarquerai-je que ce défairt de la firr qui va trop vile, comme je l'ai dit ailleurs, et oir l'on peut même trouver cpiebpre irrégalilé de m(euis err Prusias et Flamirrius, qui, ai>rès avoir pris la fuib! sur la mer, s'aviserrt tout d'rrrr coup de rappeler leur courage, et viennent se ranger arrprès de la reine Arsirroé, pour mourir avec elle en la déferrdant. Flamirrius y demeure err assez méchante postrrre, voyant rérrnir torrte la fanrille royale, malgré les soins qu'il avait pris de la diviser, et les iirstructions (ju'il en avait apportées de Rorrre. Il s'y \oit enlever par Nicomède les affectiorrs de cette reine et (hr prince Attale, qir'il avait choisis |ioirr irrstruments à traverser sa giarrderrr, et semble n'être revenu qire poirr être témoin du triomphe qu'il rerrrporle srrr lui. D'aliord

EXAMEN DE NICOMÈDE

j'avais fini la pièce sans les fiiire revenir, et m'étais contenté de faire témoigner par Nicomède à sa beUe-mère grand déplaisir de ce que la fuite du roi ne lui permettait pas de lui rendre ses obéissances.

Cela ne démentait point l'effet liistori'jue, puisqu'il lais-

sait sa mort en incertitude; mais le goût des spectateurs, que nous avons accoutumés à voir rassembler tous nos pfrsonnages à la conclusion de cette sorte de poëmes, fut cause de ce cbangement , où je me résolus , pour leur donner plus de satisfaction, bien qu'avec moins de régularité.

FIN DK MCOSIEDE.

PERTHARITE

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