‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 1051 sur 1093 · EXTRAIT D'A.NTOINE DU VERDIER · texte numérisé non relu

EXTRAIT D'A.NTOINE DU VERDIER

vertir Grimoald de sa \eiiue. Unulphe se présentant au Louveau roi , lui donna avis comme Pertharite avoit recours à sa bonté , à laquelle il se veiioit librement somiiet- Ire, s'il lui plaisoit l'accepter. Quoi entendant, Grimoald lui promit et jura de ne faire aucun déplaisir à son maître, lequel pouvoit venir sûrement, quand il voudroit , sur sa foi. Unulphe ayant rapporté telle réponse à son seigneur l'ertliarite , iceluy vint se présenter devant Grimoald , et se prosterner à ses pieds , lequel le reçut gracieusement , et le baisa. Quoi fait, Pertharite lui dit : « Je vous suis servi- •< leur; et, sachant que vous êtes très-chrélien et ami de « piété, bien que je pusse vivre entre les païens, néan- « moins, me confiant en votre douceur et débonnaireté, " me suis venu rendre à vos pieds. » Lors Grimoald , usant de ses serments accoutumés, lui promit, disant : « Par « celui qui m'a fait naître, puisque vous avez recours à " ma foi, vous ne souffrirez mal aucun en chose qui soit, « et donnerai ordre que vous pourrez honnêtement vivre. >> Ce dit, lui ayant fait donner un bon logis, commanda cpi'il fût entretenu selon sa qualité, et que toutes choses a lui nécessaires lui fussent abondamment baillées. Or , comme Peitharite eut piins congé du roi , et se fut retiré en son logis, advint (jue soudain les citoyens de Pavie à grandes troupes accoururent pour le voir et saluer, comme l'ayant auparavant connu et honoré. Mais voici de combien peut nuire une mauvaise langue. Quelques flatteurs et malins, ayant pris garde aux caresses faites par le peuple à Pertharite, vinrent trouver Grimoald, et lui firent entendre que si bientiH il ne faisoil tuer Pertiiarite, il (ïloit en branle de perdre le royaume et la vie,luiassu- 1 liif (pi'à cette fin tous ceux de la ville lui faisoient la cour. Grimoald , homme facile à croire , et bien souvent trop de léger , s'étonna aucunement , et , atteint de défiance , ayant mis en oubli sa promesse, s'enflamma subitement de colère, et dès lors jura la mort de l'innocent Pertharite, ci)nnnenç*int à prendre avis en soi par quel moyen et en quelle sorte il lui pourroit le lendemain ôter la vie, pour ce que lors étoit trop tard ; et à ce soir lui envoya diverses sortes de viandes, et vins des plus friands en grande abondance pour le faire enivrer, afin que par trop boire et manger, et étant enseveli en vin et h dormir, il ne pût penser aucunement à son salut; mais un gentilhomme qui avoit jadis été serviteur du père de Pertharite, qui lui portoit de la viande de la part du roi , baissant la tête sous la table, comme s'il lui eût voulu faire la révél-ence et embrasser le genouil , lui fit savoir secrètement que Grimoald avait délibéré de le faire mourir; dont Pertharite commanda à l'instant à son éclianson qu'il ne lui versât autre breuvage durant le repas qu'un peu d'eau dans sa coui)e d'argent. Tellement qu'étant Pertharite invité par les courtisans, qui lui présentoienl les viandes de diverses sortes , de faire brindes , et ne laisser rien dans sa coupe pour l'amour du roi; lui, pour l'honneur et révérence de Grimoald, prometfoit delà vider du tout, et toutefois ce n'étoit qu'eau qu'il buvoit. Les gentilshommes et serviteurs rapjwtèrent à Grimoald comme Pertharite haussoit le gobelet, et buvoit à sa bonne grâce démesurément : de (|uoi se réjouissant , Grimoald dit en riant : « Cet yvron- " gne boive son saoul seulement, car demain il rendra le « vin mêle avec son sang. » Le soir même il envoya ses

gardes entourer la maison de Perthai ite , afin qu'il ne s'en pût fuir ; lequel , après qu'il eut soupe , et que tous furent sortis de la chambre , lai demeuré seul avec Unulphe , et le page qui avoit accoutumé le vêtir, lesquels étoient les deux plus fidèles serviteurs qu'il eût, leur découviit comme Grimoald avoit entrepris de le faire mourir : pour à quoi obvier, Unulphe lui chargea sur les épaules les couvertes d'un lit , unecxjutre, et une peau d'ours qui lui couvroil le dos et le visage ; et comme si c'eût été quehpie rustique ou faquin , commença de grande afiection à le chasser ù grands coups de bâton hors de la chambre, et à lui faire plusieurs outrages et vilainies , tellement que chassé , et ainsi battu, il se laissoit choir souvent en terre : ce que voyant les gardes de Grimoald qui étoient en sentinelle à l'entour de la maison , demandèrent à Unulphe que c'étoit : « C'est , répondit-il , un maraud de valet que j'ai , «■ qui , outre mon commandement , m'avoit dressé mon lit « en la chambre de cet yvrongne Pertharite , lequel est >< tellement rempli de vin qu'il dort comme mort ; et par- « tant, je le frappe. » Eux entendant ces paroles, les croyant véritables, se réjouirent tous, et ne pensant que ' Pertharite fût ce valet , lui firent place et à Unulphe, et les I laissèrent aller. La même nuit Pertharite arriva en la ville d'Ast, et de là passa les monts, et vint en France. Or, comme il fut sorti , et Unulphe après , le fidèle page avoit diligemment fermé la porte apiès lui , et demeura seul dedans la chambre, là où le lendemain les messagers du roi vinrent pour mener Pertharite au palais, et, ayant frappé à l'huis, le page prioit d'attendre, disant : « Pour Dieu, « ayez pitié de lui, et laissez-le achever de dormir; car, <i étant encore lassé du chemin , il dort de profond sonî- « meil. » Ce que lui ayant accordé le rapportèrent à Grimoald, lequel dit que tant mieux, et commanda (pie, quoi que ce fût, on y retournât, et qu'ils l'amenassent; au(piel commandement les soldats revinrent heurter de i)lus fort à l'huis de la chambre; et le page les pria de permettre qu'il reposât encore un peu: mais ils crioient et tempêtoient de tant plus, disant : « N'aura mesluiy dormi assez cet yvron- « gne ? » Et en un même temps rompirent à coups de ])ied la porte, et entrés dedans cherchèrent Pertharite dans le lit; mais, ne le trouvant point, demandèrent au page où il étoit, h'(iuel leur dit qu'il s'en étoit fui. Lors ils piindrent le page par les cheveux, et le menèrent en grande furie au palais; et comme ils furent devant le roi, dirent que Pertharite avoit fait vie, à ipioi le page avoit tenu la main, dont il méritoit la mort. Grimoald demanda par ordre par quel moyen Pertharite s'étoit sauvé; et le page lui conta le fait de la sorte qu'il étoit advenu. Grimoald, connoissant la fidélité de ce jeune homme, voulut (ju'il fût un de ses pages, l'exhortant à lui garder cette foi iju'il avoit à Pertharite, lui j)romettant en outre de lui faire beaucoup de bien. U fit venir en après Unulphe devant lui, auquel il pardonna de même, lui recommandant sa foi et sa prudence : quelques jours après, il lui demanda s'il ne vouloit pas être bientôt avec Pertiiarite; à quoi Unulphe, avec serment, répondit que plutôt il auroit voulu mourir avec Pertharite que vivre en tout autre lieu en tout plaisir et délices. Le roi fit pareille demande au page, a savoir-mon s'il trouvoil meilleur de denuMirer avec soi au palais que de vivre avec Pertharite en exil; mais le page

lui ayant répondu comme Unulphe avait fait, le roi, prenant en bonne part leurs paroles, et louant la foi de tous deux , commanda à Unulphe demander tout ce qu'il voudroit de sa maison , et qu'il s'en allât en toute sûreté trouver Pertliarite. Il licencia et donna congé de même au page, lequel avec Unulphe, portant avec eux, par la courtoisie, et libéralité du roi, ce qui leur étoit de besoin pour leur voyage, s'en allèrent en France trouver leur désiré seigneur Pertharite.

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