‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 1060 sur 1093 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ÉDUIGE, GARIBALDE.

ÉDUIGE.

Je l'ai dit à mon traître, et je vous le redis , Je me dois cette joie après de tels mépris;

• n me parait prouvé que Racine a puisé toute l'ordonnance de sa tragédie (VAndromaque dans ce second acle de Pcrtharite. Dés la preraière scène , vous voyez Éduige qui est avec son Garibalde précisément dans la même situation qu'Hermione avec Oreste : elle est abandonnée par un Grinioald, comme Hermione par Pyrrhus; et si Grimoald aime sa prisonnière Rodriinde, Pyrrhus aime Andromaque sa captive. Vous voyez qu'Éduigcdil àGaribaldeles mêmes choses qu'Hermione dit à Oreste : elle a des ardents souhaits de voir punir le change de

Et mes ardents souhaits de voir punir son change Assurent ma conquête à quiconque me venge. Suivez le mouvement d'un si juste courroux , Et sans perdre de vœux obtenez-moi de vous. Pour gagner mon amour il faut servir ma haine; A ce prix est le sceptre, à ce prix une reine; Et Grimoald puni rendra digne de moi Quiconque ose m'aimer, ou se veut faire roi.

GARIBALDE.

Mettre à ce prix vos feux et votre diadème , C'est ne connaître pas votre haine et vous-même , Et qui , sous cet espoir, voudrait vous obéir. Chercherait les moyens de se faire haïr. Grimoald inconstant n'a plus pour vous de charmes , Mais Grimoald puni vous coûterait des larmes. A cet objet sanglant l'effort de la pitié Reprendrait tous les droits d'une vieille amitié; Et son crime en son sang éteint avec sa vie Passerait en celui qui vous aurait servie. [mort , Quels que soient ses mépris , peignez-vous bien sa TMadame, et votre cœur n'en sera pas d'accord. Quoi qu'un amant volage excite de colère , Son change est odieux, mais sa personne est chère; Et ce qu'a joint l'amour a beau se désunir. Pour le rejoindre mieux il ne faut qu'un soupir. Ainsi n'espérez pas que jamais on s'assure Sur les bouillants transports qu'arrache son parjure. Si le ressentiment de sa légèreté Aspire à la vengeance avec sincérité, En quelques dignes mains qu'il veuille la remettre , Il vous faut vous donner, et non pas vous promettre, Attacher votre sort avec le nom d'époux ,

Grimoald ; elle assure sa conquête à son vengeur : il faut servir sa haine pour venger son amour. C'est ainsi qu'Hermione dit à Oreste :

Vengez-moi ; je crois tout...

Qu'Hermione est le prix d'an tyran opprimé, Que je le bais ; enfin... que je l'aimai.

Oreste, en un autre endroit, dit à Hermione tout ce que dit ici Garibalde à Éduige :

Le cœur est pour Pyrrhus, et le» vœux pour Oreste...

Et TOUS le haïs.sez! Avouez-le, madame.

L'amour n'est pas un fen qu'on renferme en une âme;

Tout nous trahit : la voix , le silence, les yeux ;

Et les feux mal couverts n'en éclatent que mieux.

Hermione parle absolument comme Éduige , quand elle dit :

Mais cependant ce jour il épouse Andromaque... Seigneur, je le vois bien, votre âme prévenue Répand sur mes discours le venin qui la tue.

Enfin l'intention d'Éduige est que Garibalde la serve en détachant le parjure Grimoald de sa rivale Rodelinde; et Hermione veut qu'Oreste, en demandant Astyanax, dégage Pyrrhus de son amour pour Andromaque. Voyez avec attention la scène cinquième du second acte, vous trouverez une ressemblance non moins marquée entre Andromaque et Rodelinde. Voyez la scène cinquième et la première scène de l'acte troisième. (V.)

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