PERTHARITE, ACTE III, SCÈNE IV
Je suis mort, si tu veux ; je suis mort , si tu l'oses. Si toute ta vertu peut demeurer d'acord Que le droit de régner me rend digne de mor î
Je ne viens point ici par. de noirs artifices De mon cruel destin forcer les injustices , Pousser des assassins contre tant de valeur. Et t'immoler en lâche à mon trop de maihcuf. Puisque le sort trahit ce droit de ma naissance Juscju'à te faire un don de ma toute-puissance, Règne sur mes États que le ciel t'a soumis ; Peut-être un autre temps me rendra des amis. Use mieux cependant de la faveur céleste ; Ne me dérobe pas le seul bien qui me reste , Un bien où je te suis un obstacle éternel , Et dont le seul désir est pour toi criminel. Rodelinde n'est pas du droit de ta conquête : Il faut pour être à toi qu'il m'en coûte la tête ; Puisqu'on m'a découvert , elle dépend de toi ; Prends-la comme tyran, ou l'attaque en vrai roi. J'en garde hors du trône encor les caractères, Et ton bras t'a saisi de celui de mes pères. Je veux bien qu'il supplée au défaut de ton sang , Pour mettre entre nous deux égalité de rang. Si Rodelinde enfin tient ton âme charmée , Pour voir qui la mérite il ne faut point d'armée. * Je guis roi , je suis seul , j'en suis maître , et lu peux Par un illustre effort faire place à tes vœux.
GRIMOALD
L'artifice grossier n'a rien qui m'épouvante. Eduige à fourber n'est pas assez savante ; Quelque adresse qu'elle ait , elle t'a mal instruit , Et d'un si haut dessein elle a fait trop de bruit. Elle en fait avorter l'effet par la menace , Et ne te produit plus que de mauvaise grâce.
PERTHARITE
Quoi! je passe à tes yeux pour un homme attitré?
GRIMOALD
Tu l'avoûras toi-même ou de force ou de gré. Il faut plus de secret alors qu'on veut surprendre; Et l'on ne surprend point ({uand on se fait alleiulrOi
PERTHARITE
Parlez , parlez , madame ; et faites voir à tous Que vous avez des yeux pour connaître un époux.
GRIMOALD
Tu veux qu'en ta faveur j'écoule ta complice ! Eh bien ! parlez , madame ; achevez l'artifice. Est-ce là votre époux ?
RODELINDE.
Toi qui veux en douter, Par quelle illusion ni'oses-tu consulter? Si tu démens tes yeux , croiras-tu mon suffrage ? Et ne peux-tu sans moi connaître son visage? Tu l'as vu tant de fois , au milieu des combats , Montrer , à tes périls , ce que pesait son bras ,
PERTHARITE
Kl, l'épée à la main, disputer en personne, Contre tout ton bonheur, sa vie et sa couronne!
Si tu cherches un aide à traiter d'imposteur Un roi qui t'a fermé la porte de mon cœur, Consulte Garibalde , il tremble à voir son maître : Qui l'osa bien trahir l'osera méconnaître; Et tu peux recevoir de son mortel effroi L'assurance qu'enfin tu n'attends pas de moi. Un service si haut veut une âme plus basse -, Et tu sais...
GRIMOALD
Oui , je sais jusqu'où va votre audace. Sous l'espoir de jouir de ma perplexité , Vous cherchez à me voir l'esprit inquiété; Et ces discours en l'air que l'orgueil vous inspire Veulent persuader ce que vous n'osez dire, iîrouiller la populace, et lui faire après vous V.n un fourbe impudent respecter votre époux, troussez donc jusqu'au bout , devenez plus hardie ; Dites-nous hautement...
EODELINDE.
Que veux-tu que je die i' Il ne peut être ici que ce que tu voudras ; Tes flatteurs en croiront ce que tu résoudras. .Te n'ai pas pour t'instruire assez de complaisance ; I^t, puisque son malheur l'a mis en ta puissance, Je sais ce que je dois, si tu ne me le rends. \chève de te mettre au rang des vrais tyrans.