PÈRTIIAUITE, ACTE IV, SCÈNE II
(ililMOALD.
Tu dis vrai , Garibaide; et déjà je le donne A qui voudra des deux partager ma couronne. Kon que j'espère encore amollir ce rocher Que ni respects ni vœux n'ont jamais su toucher : - Si j'aimai Piodeiinde, et si pour n'aimer qu'elle Mon âme à qui m'aimait s'est rendue infidèle; Si d'éternels dédains , si d'éternels ennuis , Les bravades, la haine, et le trouble où je suis, Ont été jusqu'ici toute la récompense De cet amour parjure oii mon cœur se dispense , Il est temps désormais que , par un juste effort , J'affranchisse mon cœur de cet indigne sort. Prenons l'occasion que nous fait Éduige; Aimons cette imposture oij son amour l'oblige. Elle plaint un ingrat de tant de maux soufferts , Et lui prête la main pour le tirer des fers. Aimons , encore un coup, aimons son artifice, Aimons-en le secours, et rendons-lui justice. Soit qu'elle en veuille au trône ou n'en veuille qu'à moi , Qu'elle aime Grimoald ou qu'elle aime le roi , Qu'elle ait beaucoup d'amour ou beaucoup de courage, Je dois tout à la main qui rompt mon esclavage.
Toi qui ne la servais qu'afin de m'obéir, Qui tâchais par mon ordre à m'en faire haïr, J )uc , ne t'y force plus , et rends-moi ma parole ; Que je rende à ses feux tout ce que je leur vole , Et que je puisse ainsi d'une même action Récompenser sa flamme ou son ambition.
GARIBALDE.
Je vous la rends , seigneur ; mais enfin prenez garde A quels nouveaux périls cet effort vous hasarde , Et si ce n'est point croire un peu trop promptcment L'impétueux transport d'un premier mouvement.
L'imposteur impuni passera pour monarque; Tout le peuple en prendra votre bonté pour marque; Et, comme il est ardent après la nouveauté, 11 s'imaginera son rang seul respecté.
Je sais bien qu'aussitôt votre haute vaillance De ce peuple mutin domptera l'insolence. ]\Iais tenez-vous fort sur ce que vous prétendez Du côté d'Éduige, à qui vous vous rendez.' J'ai pénétré , seigneur, jusqu'au fond de son âme, Oiî je n'ai vu pour vous aucun reste de flamme; Sa haine seule agit , et cherche à vous ôter Ce que tous vos désirs s'efforcent d'emporter. Elle veut, il est vrai , vous rappeler vers elle ; Mais pour faire à son tour l'ingrate et la cruelle, Pour vous traiter de lâche, et vous rendre soudain Parjure pour parjure, et dédain poiu- dédain. Elle veut que votre âme esclave de la sienne , Lui demande sa grâce , etjanusis ne l'obiienne. Ce sont ses mots exprès ; et pour vous punir mieux,
Elle me veut aimer , et m'aimer à vos yeux : Elle me l'a promis.