‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 12 sur 1093 · ÉRASTE, TIRCIS · texte numérisé non relu

ÉRASTE, TIRCIS

ÉBASTE.

Maintenant suis-je un fou? mérité-je du blâme? Que dis-tu de l'objet? que dis-tu de ma flamme?

TIRCIS

Que veux-tu que j'en die ? elle a je ne sais quoi Qui ne peut consentir que l'on demeure à soi. Mon cœur, jusqu'à présent à l'amour invincible, Ne se maintient qu'à force aux termes d'insensible; Tout autre que Tircis mourrait pour la servir.

ÉBASTE.

Confesse franchement qu'elle a su te ravir. Mais que tu ne veux pas prendre pour cette belle Avec le nom d'amant le titre d'infidèle. Rien que notre amitié ne t'en peut détourner : Mais ta muse du moins , facile à suborner, Avec plaisir déjà prépare quelques veilles A de puissants efforts pour de telles merveilles.

TIBCIS.

En effet, ayant vu tant et de tels appas , Que je ne rime point, je ne le promets pas.

ÉBASTE.

Tes feux n'iront-ils point plus avant que la rime?

TIBCIS.

Si je brûle jamais , je veux brûler sans crime.

ÉBASTE.

Mais si sans y penser tu te trouvais surpris?

TIBCIS.

Quitte pour décharger mou cœur dans mes écrits.

' Crois-moi que. Celte locution était Uhilce du temps de Corneille, et se retrou\c dans la plupart des poiHcs de son temps.

MÉLITE, ACTE

J'aime bien ces discours de plaintes et d'alarmes , De soupirs , de sanglots , de tourments et de larmes ; C'est de quoi fort souvent je bâtis ma chanson , Mais j'en connais , sans plus , la cadence et le son. Souffre qu'en un sonnet je m'efforce à dépeindre Cet agréable feu que tu ne peux éteindre ; Tu le pourras donner comme venant de toi.

ÉRASTE

Ainsi , ce cœur d'acier qui me tient sous sa loi Verra ma passion pour le moins en peinture. Je doute néanmoins qu'en cette portraiture Tu ne suives plutôt tes propres sentiments.

TIRCIS

Me prépare le ciel de nouveaux châtiments, Si jamais un tel crime entre dans mon courage !

ÉRASTE

Adieu. Je suis content, j'ai ta parole en gage, Et sais trop que l'honneur t'en fera souvenir.

TIRCIS, seul.

En matière d'amour rien n'oblige à tenir; Et les meilleurs amis , lorsque son feu les presse , Font bientôt vanité d'oublier leur promesse.

PHILATS'DRE, CHLORIS.

PHILANDRE

Je meure, mon souci , tu dois bien me haïr; Tous mes soins depuis peu ne vont qu'à te trahir.

CHLORIS

Ne m'épouvante point; à ta mine , je pense Que le pardon suivra de fort près cette offense , Sitôt que j'aurai su quel est ce mauvais tour.

PHILANDRE

Sache donc qu'il ne vient sinon de trop d'amour.

CHLORIS

J'eusse osé le gager qu'ainsi par quelque ruse Ton crime officieux porterait son excuse.

PHILANDRE

Ton adorable objet, mon unique vainqueur, Fait nattre chaque jour tant de feux en mon cœur, Que leur excès m'accable , et que pour m'en défaire J'y cherche des défauts qui puissent me déplaire : J'examine ton teint dont l'éclat me surprit. Les traits de ton visage, et ceux de ton esprit; l^Iais je n'en puis trouver un seul qui ne me charme.

CHLORIS

Et moi , je suis ravie , après ce peu d'alarme , Qu'ainsi tes sens trompés te puissent obliger A chérir ta Chloris, et jamais ne changer.

PHILANDRE

Ta beauté te répond de ma persévérance ,

Et ma foi qui t'en donne une entière assurance...

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