LA VEUVE, ACTE 111, SCÈNE III
Kt si celle beaulé malgré moi Ta fail naîlre , J'ai su pour ton respecl l'empêcher de paraître.
ALCIDON
Hélas! tu m'as perdu, me voulant obliger;
Notre vieille amitié m'en eût fail dégager.
Je souffre maintenant la honte de sa perte ,
El j'aurais eu l'honneur de te l'avoir offerte,
De te l'avoir cédée , et réduit mes désirs
Au glorieux dessein d'avancer tes plaisirs.
Faites , dieux tout puissants , que Philiste se change !
Et l'inspirant bientôt de rompre avec Florange,
Donnez-moi le moyen de montrer qu'à mon tour
Je sais pour un ami contraindre mon amour.
CÉLIDAN
Tes souhaits arrivés , nous t'en verrions dédire; Doris sur ton esprit reprendrait son empire : Nous donnons aisément ce qui n'est plus à nous.
ALCIDON
Si j'y manquais , grands dieux ! je vous conjure tous D'armer contre Alcidon vosdexlres vengeresses.
CKLIDAN.
Un ami tel que toi m'est plus que cent maîtresses ; Il n'y va pas de tant; résolvons seulement 1 )u jour et des moyens de cet enlèvement.
ALCTDON.
INlon secret n'a besoin que de ton assistance. Je n'ai point lieu de craindre aucune résistance : La beauté dont mon traître adore les attraits Chaque soir au jardin va prendre un peu de frais ; J'en ai su de lui-même ouvrir la fausse porte; F.lant seule, et de nuit, le moindre effort l'emporte. Allons-y dès ce soir ; le plus tôt vaut le mieux : Et .surtout déguisés , dérobons à ses yeux , El de nous , et du coup , l'entière connaissance.
CÉLIDAN
Si Clarice une fois est en notre puissance, Crois que c'est un bon gage à moyenner l'accord , Et rendre, en le faisant, ton parti le plus fort. Mais pour la sûreté d'une telle surprise. Aussitôt que chez moi nous pourrons l'avoir mise, Relournons sur nos pas , et soudain effaçons Ce que pourrait l'absence engendrer de soupçons.
ALCIDON
Ton salutaire avis est la méine prudence ; Kt dcyà je prépare une froide impudence A m'informer demain , avec étonuemcnt , De l'heure et de l'auteur de cet enlèvement.
CÉLIDAN
Adieu; j'y vais mettre ordre.
ALCIDON
Estime qu'en revanche Je n'ai goulte de sang que pour loi je n'épanche.