CÉLIDAN, ALCIDON
CÉLIDAN
Mon cœur à ses douleurs s'attendrit de pitié ; Il montre une franchise ici trop naturelle, Pour ne te pas ùter tout sujet de querelle. L'affaire se traitait sans doute à son insu , Et quelque faux soupçon en ce point t'a déçu. Va retrouver Doris, et rendons-lui Clarice.
ALCIDON
Tu te laisses donc prendre à ce lourd artifice , A ce piège, qu'il dresse afin de me duper .^
CÉLIDAN
Romprait-il ces accords à dessein de tromper .^^ Que vois-tu là qui sente une supercherie.'
Je n'y vois qu'un effet de sa poltronnerie, Qu'un lâche désaveu de cette trahison , De peur d'être obligé de m'en faire raison. Je l'en pressai dès hier ; mais son peu de courage Aima mieux pratiquer ce rusé témoignage. Par où, m'éhlouissant, il put un de ces jours Renouer sourdement ces muettes amours.
Il en donne en secret des avis à Florange : Tu ne le connais pas; c'est un esprit étrange.
CÉLIDAN
Quelque étrange qu'il soit, si tu prends bien ton temps, Malgré lui tes désirs se trouveront contents. Ses offres acceptés , que rien ne se diffère ; Après un prompt hymen , tu le mets à pis faire.
ALCIDON
Cet ordre est infaillible à procurer mon bien; Mais ton contentement m'est plus cher que le mien, Longtemps à mon sujet tes passions contraintes Ont souffert et caché leurs plus vives atteinte.*; Il nie faut à mon tour en faire autant pour toi : nier devant tous les dieux je t'en donnai ma foi , Et pour ia maintenir tout me sera possible.
CELIDAN.
Ta perte en mon bonheur me serait trop sensible; Et je m'en haïrais, si j'avais consenti Que mon hymen laissât Alcidon sans parti.
ALCIDON
V.h bien , pour t'arracher ce scrupule de Fâmc ( Quoique je n'eus jamais pour elle aucune flamme), J'épouserai Clarice. Ainsi, puisque mon sort Veut qu'à mes amitiés je fasse un tel effort, Que d'un de mes amis j'épouse la maîtresse , C'est là que par devoir il faut que je m'adresse. Philiste est un parjure; et moi , ton obligé : Il m'a fait un affront, et tu m'en as vengé. Balancer un tel choix avec inquiétude.
Ce serait me noircir de trop d'ingratitude.
CÉLIDAN
Mais te priver pour moi de ce que tu chéris!
ALCIDON
C'est faire mon devoir, te quittant ma Doris, Et me venger d'un traître épousant sa Clarice. Mes discours ni mon cœur n'ont aucun artiflce. Je vais, pour confirmer tout ce que je t'ai dit. Employer vers Doris mon reste de crédit; Si je la puis gagner , je te réponds du frère ; Trop heureux à ce prix d'apaiser ma colère!
CÉLIDAN
C'est ainsi que tu veux m'obliger doublement. Vois ce que je pourrai pour ton contentement.
ALCIDON
L'affaire , à mon avis , deviendrait plus aisée , Si Clarice apprenait une mort supposée...
CÉLIDAN
De qui? de son amant ? Va , tiens pour assuré Qu'elle croira dans peu ce perflde expiré.
ALCIDON
Quand elle en aura su la nouvelle funeste , Nous aurons moins de peine à la résoudre au reste. On 3 beau nous aimer, des pleurs sont tôt séchés. Et les morts soudain mis au rang des vieux péchés.