‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 143 sur 1093 · CÉLIDAN, ALCIDON · texte numérisé non relu

CÉLIDAN, ALCIDON

CÉLIDAN

Mon cœur à ses douleurs s'attendrit de pitié ; Il montre une franchise ici trop naturelle, Pour ne te pas ùter tout sujet de querelle. L'affaire se traitait sans doute à son insu , Et quelque faux soupçon en ce point t'a déçu. Va retrouver Doris, et rendons-lui Clarice.

ALCIDON

Tu te laisses donc prendre à ce lourd artifice , A ce piège, qu'il dresse afin de me duper .^

CÉLIDAN

Romprait-il ces accords à dessein de tromper .^^ Que vois-tu là qui sente une supercherie.'

Je n'y vois qu'un effet de sa poltronnerie, Qu'un lâche désaveu de cette trahison , De peur d'être obligé de m'en faire raison. Je l'en pressai dès hier ; mais son peu de courage Aima mieux pratiquer ce rusé témoignage. Par où, m'éhlouissant, il put un de ces jours Renouer sourdement ces muettes amours.

Il en donne en secret des avis à Florange : Tu ne le connais pas; c'est un esprit étrange.

CÉLIDAN

Quelque étrange qu'il soit, si tu prends bien ton temps, Malgré lui tes désirs se trouveront contents. Ses offres acceptés , que rien ne se diffère ; Après un prompt hymen , tu le mets à pis faire.

ALCIDON

Cet ordre est infaillible à procurer mon bien; Mais ton contentement m'est plus cher que le mien, Longtemps à mon sujet tes passions contraintes Ont souffert et caché leurs plus vives atteinte.*; Il nie faut à mon tour en faire autant pour toi : nier devant tous les dieux je t'en donnai ma foi , Et pour ia maintenir tout me sera possible.

CELIDAN.

Ta perte en mon bonheur me serait trop sensible; Et je m'en haïrais, si j'avais consenti Que mon hymen laissât Alcidon sans parti.

ALCIDON

V.h bien , pour t'arracher ce scrupule de Fâmc ( Quoique je n'eus jamais pour elle aucune flamme), J'épouserai Clarice. Ainsi, puisque mon sort Veut qu'à mes amitiés je fasse un tel effort, Que d'un de mes amis j'épouse la maîtresse , C'est là que par devoir il faut que je m'adresse. Philiste est un parjure; et moi , ton obligé : Il m'a fait un affront, et tu m'en as vengé. Balancer un tel choix avec inquiétude.

Ce serait me noircir de trop d'ingratitude.

CÉLIDAN

Mais te priver pour moi de ce que tu chéris!

ALCIDON

C'est faire mon devoir, te quittant ma Doris, Et me venger d'un traître épousant sa Clarice. Mes discours ni mon cœur n'ont aucun artiflce. Je vais, pour confirmer tout ce que je t'ai dit. Employer vers Doris mon reste de crédit; Si je la puis gagner , je te réponds du frère ; Trop heureux à ce prix d'apaiser ma colère!

CÉLIDAN

C'est ainsi que tu veux m'obliger doublement. Vois ce que je pourrai pour ton contentement.

ALCIDON

L'affaire , à mon avis , deviendrait plus aisée , Si Clarice apprenait une mort supposée...

CÉLIDAN

De qui? de son amant ? Va , tiens pour assuré Qu'elle croira dans peu ce perflde expiré.

ALCIDON

Quand elle en aura su la nouvelle funeste , Nous aurons moins de peine à la résoudre au reste. On 3 beau nous aimer, des pleurs sont tôt séchés. Et les morts soudain mis au rang des vieux péchés.

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