LA VEUVE, ACIE IV, SCÈNE VIIÎ
ALCIDON
Ne parle point de feinte ; il n'appartient qu'à toi D'être dissimulée , et de manquer de foi ; L'effet l'a trop montré.
DOBIS.
L'effet a du l'apprendre, Quand on feint avec moi , que je sais bien le rendre. Mais je reviens à toi. Tu fais donc tant de bruit Afin qu'après un autre en recueille le fruit ; Et c'est à ce dessein que ta fausse colère Abuse insolemment de l'esprit de mon frère?
ALCIDON
Ce qu'il a pris de part en mes ressentiments Apporte seul du trouble à tes contentements ; Et pour moi , qui vois trop ta haine par ce change Qui t'a fait sans raison me préférer Florange , Je n'ose plus l'offrir un service odieux.
DOBIS.
Tu ne fais pas tant mal. Mais pour faire encor mieux, Puisque tu reconnais ma véritable haine. De moi , ni de mon choix ne te mets point en peine. C'est trop manquer de sens ; je le prie , est-ce à toi , A l'objet de ma haine, à disposer de moi ?
Non; mais puisque je vois à mon peu de mérite
De ta possession l'espérance interdite.
Je sentirais mon mal puissamment soulagé,
Si du moins un ami m'en était obligé.
Ce cavalier, au reste, a tous les avantages
Que l'on peut remarquer aux plus braves courages,
Beau de corps et d'esprit , riche , adroit, valeureux ,
Et surtout de Doris à l'extrême amoureux.
DORIS
Toutes ces qualités n'ont rien qui me déplaise ; Mais il en a de plus une autre fort mauvaise , C'est qu'il est ton ami ; cette seule raison Me le ferait haïr, si j'en savais le nom.
ALCIDON
Donc, pour le bien servir, il faut ici le taire !
DORIS
Et de plus lui donner cet avis salutaire ,
Que, s'il est vrai qu'il m'aime, etqu'il veuille être aimé,
Quand il m'entretiendra, tu ne sois point nommé;
Qu'il n'espère autrement de réponse que triste.
J'ai dépit que le sang me lie avec Philiste ,
Et qu'ainsi , malgré moi , j'aime un de tes amis.
Tu seras quelque jour d'un esprit plus remis. Adieu. Quoi qu'il en soit, souviens-toi, dédaigneuse, Que tu hais Aleidon qui te veut rendre heureuse.
DORIS
Va , je ne veux point d'heur qui parte de ta main.