‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 149 sur 1093 · LA VEUVE, ACIE IV, SCÈNE VIIÎ · texte numérisé non relu

LA VEUVE, ACIE IV, SCÈNE VIIÎ

ALCIDON

Ne parle point de feinte ; il n'appartient qu'à toi D'être dissimulée , et de manquer de foi ; L'effet l'a trop montré.

DOBIS.

L'effet a du l'apprendre, Quand on feint avec moi , que je sais bien le rendre. Mais je reviens à toi. Tu fais donc tant de bruit Afin qu'après un autre en recueille le fruit ; Et c'est à ce dessein que ta fausse colère Abuse insolemment de l'esprit de mon frère?

ALCIDON

Ce qu'il a pris de part en mes ressentiments Apporte seul du trouble à tes contentements ; Et pour moi , qui vois trop ta haine par ce change Qui t'a fait sans raison me préférer Florange , Je n'ose plus l'offrir un service odieux.

DOBIS.

Tu ne fais pas tant mal. Mais pour faire encor mieux, Puisque tu reconnais ma véritable haine. De moi , ni de mon choix ne te mets point en peine. C'est trop manquer de sens ; je le prie , est-ce à toi , A l'objet de ma haine, à disposer de moi ?

Non; mais puisque je vois à mon peu de mérite

De ta possession l'espérance interdite.

Je sentirais mon mal puissamment soulagé,

Si du moins un ami m'en était obligé.

Ce cavalier, au reste, a tous les avantages

Que l'on peut remarquer aux plus braves courages,

Beau de corps et d'esprit , riche , adroit, valeureux ,

Et surtout de Doris à l'extrême amoureux.

DORIS

Toutes ces qualités n'ont rien qui me déplaise ; Mais il en a de plus une autre fort mauvaise , C'est qu'il est ton ami ; cette seule raison Me le ferait haïr, si j'en savais le nom.

ALCIDON

Donc, pour le bien servir, il faut ici le taire !

DORIS

Et de plus lui donner cet avis salutaire ,

Que, s'il est vrai qu'il m'aime, etqu'il veuille être aimé,

Quand il m'entretiendra, tu ne sois point nommé;

Qu'il n'espère autrement de réponse que triste.

J'ai dépit que le sang me lie avec Philiste ,

Et qu'ainsi , malgré moi , j'aime un de tes amis.

Tu seras quelque jour d'un esprit plus remis. Adieu. Quoi qu'il en soit, souviens-toi, dédaigneuse, Que tu hais Aleidon qui te veut rendre heureuse.

DORIS

Va , je ne veux point d'heur qui parte de ta main.

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