CHRYSANTE, CÉLIDAN, DORIS
CHRYSANTE
Son feu précipité Lui fait faire envers vous une incivilité ; Vous la pardonnerez à celte ardeur trop forle Qui , sans vous dire adieu , vers son objet rcDiportc
CÉLIDAN
C'est eomme doit aair un vrrilahlo amour.
Un feu moindre eiU souffert quelque plus long séjour ; Et nous voyons assez par cette expérience Que le sien est égal à son impatience. I\Iais puisque ainsi le ciel rejoint ces deux amants , Et que tout se dispose à vos contentements , Pour m'avancer aux miens, oserais-je, madame , Offrir à tant d'appas un cœur qui n'est que flamme , Un cœur sur qui ses yeux de tout temps absolus Ont imprimé des traits qui ne s'effacent plus ? J'ai cru par le passé qu'une ardeur mutuelle Unissait les esprits et d'Alcidou et d'elle , Et qu'en ce cavalier son désir arrêté Prendrait tous autres vœux pour importunitc. Cette seule raison m'obligeant à me taire , Je trahissais mon feu de peur de lui déplaire ; Mais aujourd'hui qu'un autre en sa place reçu Me fait voir clairement combien j'étais déçu , Je ne condamne plus mon amour au silence, Et viens faire éclater toute sa violence. Souffrez que mes désirs, si longtemps retenus , Rendent à sa beauté des vœux qui lui sont dus ; Et du moins , par pitié d'un si cruel martyre , Permettez quelque espoir à ce cœur qui soupire.
CHRYSANTE
Votre amour pour Doris est un si grand bonheur Que je pourrais sur l'heure en accepter l'honneur; Mais vous voyez le point où me réduit Philiste , Et comme son caprice à mes souhaits résiste. Trop chaud ami qu'il est, il s'emporte à tous coups Pour un fourbe insolent qui se moque de nous. Honteuse qu'il me force à manquer de promesse, Je n'ose vous donner une réponse expresse , Tant je crains de sa part un désordre nouveau.
CÉLIDAN
Vous me tuez , madame , et cachez le couteau : Sous ce détour discret un refus se colore.
CHRYSANTE
Non, monsieur ;croyez-moi,votreoffrenoushonore.
Aussi dans le refus j'aurais peu de raison ;
Je connais votre bien , je sais votre maison.
Votre père jadis, (hélas! que cette histoire
Encor sur mes vieux ans m'est douce en la mémoire!)
Votre feu père, dis-je, eut de l'amour pour moi ;
J'étais son cher objet ; et maintenant je voi
Que , comme par un droit successif de famille ,
L'amour qu'il eut pour moi, vous l'avez pounna lillr.
S'il m'aimait , je l'aimais ; et les seules rigueurs
De ses cruels parents divisèrent nos cœurs :
On l'éloigna de moi par ce maudit usage
Qui n'a d'égard qu'aux biens pour faire un mariagr ;
Et son père jamais ne souffrit son retour
Que ma foi n'eut ailleurs engagé mon amour :
En vain à cet hymen j'opposai ma constance;