‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 179 sur 1093 · D0RIM4NT · texte numérisé non relu

D0RIM4NT

Mais vous n'y voyez pas tous vos rares mérites ;

Cet esprit tout divin , et ce doux entretien ,

Ont des charmes puissants dont il ne montre rien.

HIPPOLYTE

Vous les montrez assez par cette après-dînée Qu'à causer avec moi vous vous êtes donnée ; Si mon discours n'avait quelque charme caché , Il ne vous tiendrait pas si longtemps attaché. Je vous juge plus sage, et plus aimer votre aise , Que d'y tarder ainsi sans que rien vous y plaise ; Et si je présumais qu'il vous plût sans raison , Je me ferais moi-même un peu de trahison ; Et par ce trait badin qui sentirait l'enfance , Votre beau jugement recevrait trop d'offense. Je suis un peu timide, et , dût-on me jouer. Je n'ose démentir ceux qui m'osent louer.

DORIMANT.

Aussi vous n'avez pas le moindre lieu de craindre Qu'on puisse, en vous louant, ni vous flatter, ni On voit un tel éclat en vos brillants appas , [ feindre ; Qu'on ne peut l'exprimer, ni ne l'adorer pas.

HIPPOLYTE

Kl ne l'adorer pas ! Par là vous voulez dire...

Que mon cœur désormais vit dessous votre empire, Et que tous mes desseins de vivre en liberté N'ont eu rien d'assez fort contre votre beauté.

HIPPOLYTE

Quoi ! mes perfections vous donnent dans la vue ?

DORIMANT.

Les rares qualités dont vous êtes pourvue Vous ôtent tout sujet de vous en étonner.

HIPPOLYTE

Cessez aussi , monsieur, de vous l'imaginer. Si vous brûlez pour moi , ce ne sont pas merveilles ; J'ai de pareils discours chaque jour aux oreilles, Et tous les gens d'esprit en font autant que vous.

DORIMANT.

En amour, toutefois, je les surpasse tous. Je n'ai point consulté pour vous donner mon âme ; Votre premier aspect sut allumer ma flamme , Et je sentis mon cœur, par un secret pouvoir, Aussi prompt à brûler que mes yeux à vous voir.

HIPPOLYTE

Avoir connu d'abord combien je suis aimable ,

Encor qu'à votre avis il soit inexprimable ,

Ce grand et prompt effet m'assure puissamment

De la vivacité de votre jugement.

Pour moi , que la nature a faite un peu grossière ,

Mon esprit, qui n'a pas cette vive lumière.

Conduit trop pesamment toutes ses functions "

Pour m'avertir sitôt de vos perfections.

Je vois bien que vos feux méritent récompense ;

Mais de les seconder ce défaut me dispense.

DORIMANT.

Railleuse!

HIPPOLYTE

Excusez-moi , je parle tout de bon.

DORIMANT.

Le temps de cet orgueil me fera la raison ; Et nous verrons un jour, à force de services , Adoucir vos rigueurs et finir mes supplices.

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