LA GALERIE DU PALAÏS, ACTE IV, SCÈNE IIL
ABONTE.
Je ne l'ose espérer : sa passion trop forte
Déjà vers son objet malgré moi le remporte;
Et comme s'il avait reconnu son erreur,
Vos yeux lui sont à charge , et sa feinte en horreur :
Même il m'a commandé d'aller vers sa cruelle
Lui jurer que son coeur n'a brûlé que pour elle ,
Attaquer son orgueil par des submissions...
HIPPOLYTE
J'entends assez le but de tes commissions. Tu vas tâcher pour lui d'amollir son courage ?
ARONTE.
J'emploie auprès de vous le temps de ce message ,
Et la ferai parler tantôt à mon retour
D'une façon mal propre à donner de l'amour;
Mais, après mon rapport, si son ardeur extrême
Le résout à porter son message lui-même,
Je ne réponds de rien. L'amour qu'ils ont tous deux
Vaincra notre artifice, et parlera pour eux.
HIPPOLYTE
Sa maîtresse éblouie ignore encor ma flamme, Et laisse à mes conseils tout pouvoir sur son âme. Ainsi tout est à nous , s'il ne faut qu'empêcher Qu'un si fidèle amant n'en puisse rapprocher.
ARONTE.
Qui pourrait toutefois en détourner Lysandre , Ce serait le plus sûr.
N'oses-tu l'entreprendre?
ARONTE.
Donnez-moi les moyens de le rendre jaloux, Et vous verrez après frapper d'étranges coups.
HIPPOLYTE
L'autre jour Dorimant toucha fort ma rivale, Juscjue-là qu'entre eux deux son âme était égale ; Mais Lysandre depuis, endurant sa rigueur. Lui montra tant d'amour qu'il regagna son cœur.
ARONTE.
Donc à voir Célidée et Dorimant ensemble , Quelque dieu qui vous aime aujourd'hui les assemble.
HIPPOLYTE
Fais-les voir à ton maître , et ne perds point ce temps , Puisque de là dépend le bonheur que j'attends.