LA GALERIE DU PALAIS, ACTE IV, SCÈNE XII
rLF.lRANTE.
Folle , il n'aima jamais que toi dessous les cieux ;
Et nous sommes tout prêts de choisir la journée
Qui bientôt de vous deux termine l'hyménée.
Il se plaint toutefois un peu de ta froideur ;
Mais, pour l'amour de moi, montre-lui plus d'ardeur;
Parle : ma volonté sera-t-elle obéie ?
CÉLIDÉE.
FTélas! qu'on vous abuse après m'avoir trahie ! Il vous fait, cet ingrat, parler pour Dorimant, Tandis qu'au même objet il s'offre pour amant , Et traverse par là tout ce qu'à sa prière Votre vaine entremise avance vers la mère. Cela qu'est-ce, monsieur, que se jouer de vous?
PLEIKANTE.
Qu'il est peu de raison dans ces esprits jaloux ! Eh quoi? pour un ami s'il rend une visite, Faut-il s'imaginer qu'il cajole Hippolyte?
CÉLIDÉE.
Je sais ce que j'ai vu.
PLEIBANTE.
Je sais ce qu'il m'a dit Et ne veux plus du tout souffrir de contredit. Mon choix de votre hymen en sa faveur dispose.
CÉLIDÉE.
Commandez-moi plutôt, monsieur, toute autre chose.
PLEIBANTE.
Quelle bizarre humeur ! quelle inégalité
De rejeter un bien qu'on a tant souhaité!
La belle , voyez-vous ! qu'on perde ces caprices ;
11 faut pour m'éblouir de meilleurs artifices.
Quelque nouveau venu vous donne dans les yeux ,
Quelque jeune étourdi qui vous flatte un peu mieux ;
Et parce qu'il vous fait quelque feinte caresse ,
11 faut que nous manquions, vous et moi, depromesse ?
Quittez , pour votre bien , ces fantasques refus.
CÉLIDÉE.
Monsieur...
PLEIBANTE.
Quittez-les, dis-je, et ne contestez plus.