‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 220 sur 1093 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

LYSAINDRE.

Indiscrète vengeance, imprudentes chaleurs, Dont l'impuissance ajoute un comble à mes malheurs, Ne me conseillez plus la mort de ce faussaire, .l'aime encor Célidée, et n'ose lui déplaire : Priver de la clarté ce qu'elle aime le mieux , Ce n'est pas le moyen d'agréer à ses yeux. L'amour, en la perdant, me retient en balance; Il produit ma fureur, et rompt sa violence, Et me laissant trahi , confus et méprisé, Ne veut que triompher de mon cœur divisé.

Amour, cruel auteur de ma longue misère, Ou permets , à la fin , d'agir à ma colère,' i)u , sans m'embarrasser d'inutiles transports , Auprès de ce bel œil fais tes derniers efforts ; Viens, accompagne-moi chez ma belle inhumaine, Et comme de mon cœur, triomphe de sa haine ! Contre toi ma vengeance a mis les armes bas , Contre ses cruautés rends les mêmes combats ; Exerce ta puissance a fléchir la farouche; Montre-toi dans mes yeux, et parle par ma bouche : Si tu te sens trop faible, appelle à ton secours Le souvenir de mille et de mille heureux jours Où ses désirs, d'accord avec mon espérance, TVe laissaient à nos vœux aucune différence. Je pense avoir encor ce qui la sut charmer, Les mêmes qualités qu'elle voulait aimer.

Peut-être mes douleurs ont changé mon visage ; Mais , en revanche aussi , je l'aime davantage. Mon respect s'est accru pour un objet si cher ; Je ne me venge point , de peur de la fâcher. Un infidèle ami tient son âme captive , Je le sais , je le vois, et je souffre qu'il vive.

Je tarde trop ; allons , ou vaincre ses refus , Ou me venger sur moi de ne lui plaire plus , Et tirons de son cœur, malgré sa flamme éteinte, La pitié par ma mort, ou l'amour par ma plainte : Ses rigueurs par ce fer me perceront le sein.

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