‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 252 sur 1093 · LA SUIVANTE, ACTE II, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

LA SUIVANTE, ACTE II, SCÈNE IX

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THE AN TE

Je ne la saurais croire obligeante à ce point. Ce qui la fait partir ne se dira-t-il point?

AMARANTE

Veux-tu que je t'en parle avec toute franchise? C'est la mauvaise humeur où Florame l'a mise.

Florame ?

AMARANTE

Oui. Ce causeur voulait l'entretenir; Mais il aura perdu le goût d'y revenir : Elle n'a que fort peu souffert sa compagnie, Et l'en a chassé presque avec ignominie. De dépit cependant ses mouvements aigris ]Ne veulent aujourd'hui traiter que de mépris; Et l'unique raison qui fait qu'elle me quitte, C'est l'estime où te met près d'elle ton niérite : Elle ne voudrait pas te voir mal satisfait , Ni rompre sur-le-ehamp le dessein qu elle a fait.

THÉANTE

J'ai regret que Florame ait reçu cette honte : ISIais enfin auprès d'elle il trouve mal son compte ?

AMARANTE

Aussi c'est un discours ennuyeux que le sien ; Il parle incessamment sans dire jamais rien; Et n'était que pour toi je me fais ces contraintes , Je l'envoirais bientôt porter ailleurs ses feintes.

THÉANTE

Et je m'assure aussi tellement en ta foi , Que , bien que tout le jour il cajole avec toi , ]\lon esprit te conserve une amitié si pure , Que, sans être jaloux , je le vois et l'endure.

AMARANTE

Comment le serais-tu pour un si triste objet ? Ses imperfections t'en ôtent tout sujet. C'est à toi d'admirer qu'encor qu'un beau visage Dedans ses entretiens à toute heure t'engage , J'ai pour toi tant d'amour et si peu de soupçon , Que je n'en suis jalouse en aucune façon. C'est aimer puissamment que d'aimer de la sorte; Mais mon affection est bien encor plus forte.

Tu sais (etje le dis sans te mésestimer) Que quand notre Daphnis aurait su te charmer, Ce qu'elle est plus que toi mettrait hors d'espérance Les fruits qui seraient dus à ta persévérance. Plût à Dieu que le ciel te donnât assez d'heur Pour faire naître en elle autant que j'ai d'ardeur! Voyant ainsi la porte à ta fortune ouverte, Je pourrais librement consentir à ma perte.

THÉANTE

Je te souhaite un change autant avantageux. Plût à Dieu que le sort te fût moins outrageux , Ou que jusqu'à ce point il t'eût favorisée , (QueFlora«ie fût prince, et qu'il t'eût épousée!

COHNEII.I.E. — TOME I.

Je prise, auprès des tiews, si peu mes intérêts , Que, bien que j'en sentisse au cœur mille regrets , Et que de déplaisir il m'en coûtât la vie , Je me la tiendrais lors heureusem.ent ravie.

AMARANTE

Je ne voudrais point d'heur qui vînt avec ta mort , Et Damon que voilà n'en serait pas d'accord.

THÉANTE

Il a mine d'avoir quelque chose à me dire.

AMARANTE

Ma présence y nuirait : adieu, je me retire.

THÉANTE

Arrête ; nous pourrons nous voir tout à loisir : Rien ne le presse.

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