‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 260 sur 1093 · GÉRASTE, AMARANTE · texte numérisé non relu

GÉRASTE, AMARANTE

GÉRASTE

Amarante!

AMARANTE

Monsieur ! . "

GÉRASTE

Vous faites la surprise , Encor que de si loin vous m'ayez vu venir. Que Clarimond n'est plus à vous entretenir ! Je donne ainsi la chasse à ceux qui vous en content!

AMARANTE

A moi ? mes vanités jusque-là ne se montent.

Il semblait toutefois parler d'affection.

AMARANTE

Oui ; mais qu'estimez-vous de son intention?

GÉRASTE

Je crois que ses desseins tendent au mariage.

AMARANTE

Il est vrai.

GÉRASTE

Quelque foi qu'il vous donne pour gage, Il cherche à vous surprendre , et sous ce faux appas

Il cache des projols que vous n'entendez pas.

AMAKANTE.

Votre âge soupçonneux a toujours des chimères Qui le font mal juger des cœurs les plus sincères.

GÉRASTE

Où les conditions n'ont point d'égalité, L'amour ne se fait guère avec sincérité.

AMARANTE

Posé que cela soit : Clariniond me caresse ; Mais si je vous disais que c'est pour ma maîtresse , Et que le seul besoin qu'il a de mon secours , Sortant d'avec Daphnis , l'arrête en mes discours .'

GÉRASTE

S'il a besoin de toi pour avoir bonne issue , C'est signe que sa flamme est assez mal reçue.

Pas tant qu'elle paraît, et que vous présumez. D'un mutuel amour leurs cœurs sont enflammés ; Riais Daphnis se contraint , de peur de vous déplaire , Et sa bouche est toujours à ses désirs contraire , Hormis lorsque avec moi s'ouvrant confidemment, Elle trouve à ses maux quelque soulagement. Clariniond cependant, pour fondre tant déglaces, Tache par tous moyens d'avoir mes bonnes grâces ; Et moi je l'entretiens toujours d'un peu d'espoir.

GÉRASTE

A ce compte , Daphnis est fort dans le devoir :

Je n'en puis souhaiter un meilleur témoignage ;

Et ce respect m'oblige à l'aimer davantage.

Je lui serai bon père ; et puisque ce parti

A sa condition se rencontre assorti ,

Bien qu'elle pût encore un peu plus haut atteindre ,

Je la veux enhardir à ne se plus contraindre.

AMARANTE

Vous n'en pourrez jamais tirer la vérité. Honteuse de l'aimer sans votre autorité, Elle s'en défendra de toute sa puissance; N'en cherchez point d'aveu que dans l'obéissance. Quand vous aurez fait choix de cet heureux amant , Vos ordres produiront un prompt consentement. Mais on ouvre la porte. Hélas ! je suis perdue , Si j'ai tant de malheur qu'elle m'ait entendue. ( Elle rentre dans le jardin. )

GÉRASTE

Lui procurant du bien , elle croit la fâcher. Et cette vaine peur la fait ainsi cacher. Que ces jeunes cerveaux ont de traits de folie ! Mais il faut aller voir ce qu'aura fait Célie. Toutefois disons-lui quelque mot en passant , Qui la puisse guérir du mal qu'elle ressent.

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