‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 34 sur 1093 · CHLORIS, TIRCIS · texte numérisé non relu

CHLORIS, TIRCIS

CHLOBIS.

Mon frère, en ma faveur retourne sur tes pas. Dis-moi la vérité; tu ne me cherchais pas. Eh quoi ! tu fais semblant de ne me pas connaître. O dieux! en quel état te vois-je ici paraître! Tu pâlis tout à coup , et tes louches regards S'élancent incertains presque de toutes parts! Tu manques à la fois de couleur et d'haleine ! Ton pied mal affermi ne te soutient qu'à peine ! Quel accident nouveau te trouble ainsi les sens ?

TIRCIS

Puisque tu veux savoir le mal que je ressens , Avant que d'assouvir l'inexorable envie De mon sort rigoureux qui demande ma vie , Je vais t'assassiner d'un fatal entretien , Et te dire en deux mots mon malheur et le tien. En nos chastes amours de tous deux on se moque ; Philandre... Ah! la douleur m'étouffe et me suffoque. Adieu , ma sœur, adieu ; je ne puis plus parler : Lis , et , si tu le peux , tâche à te consoler.

CHLORIS

Ne m'échappe donc pas.

TIRCIS

Ma sœur, je te supplie. . . .

CHLORIS

Quoi! que je t'abandonne à ta mélancolie? Voyons auparavant ce qui te fait mourir, Et nous aviserons à te laisser courir.

TIRCIS

Hélas! quelle injustice!

CHLORIS, api'ès avoir lu les lettres qu'il lui a données.

Est-ce là tout , fantasque?

Quoi ! si la déloyale enfin lève le masque, Oses-tu te fâcher d'être désabusé?

Apprends qu'il te faut être en amour plus rusé ; Apprends que les discours des filles bien sensées Découvrent rarement le fond de leurs pensées , Et que, les yeux aidant à ce déguisemefit , Notre sexe a le don de tromper finement. Apprends aussi de moi que ta raison s'égare. Que Mélite n'est pas une pièce si rare , Qu'elle soit seule ici qui vaille la servir; Assez d'autres objets y sauront te ravir. Ne t'inquiète point pour une écorvelée Qui n'a d'ambition que d'être cajolée , Et rend à plaindre ceux qui , fiattantses beautés, Ont assez de malheur pour en être écoutés. Dainon lui plut jadis, Aristandre , et Géronte; JÊraste après deux ans n'y voit pas mieux son compte. Elle t'a trouvé bon seulement pour huit jours ,

Philandre est aujourd'hui l'objet de ses amours ; Et peut-être déjà ( tant elle aime le change) Quelque autre nouveauté le supplante et nous venge. Ce n'est qu'une coquette avec tous ses attraits ; Sa langue avec son cœur ne s'accorde jamais. Les infidélités sont ses jeux ordinaires ; Et ses plus doux appas sont tellement vulgaires, Qu'en elle homme d'esprit n'admira jamais rien Que le sujet pourquoi tu lui voulais du bien.

TIRCIS

Penses-tu m'arrêter par ce torrent d'injures ? Que ce soient vérités , que ce soient impostures , Tu redoubles mes maux au lieu de les guérir. Adieu : rien que la mort ne peut me secourir.

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