‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 366 sur 1093 · GEE · texte numérisé non relu

GEE

Quoi ! madame , faut-il que mon peu de puissance Empêche les devoirs de ma reconnaissance? Mon sceptre ne peut-il être employé pour vous? Et vous serai-je ingrat autant que votre époux?

MÉDÉE

Si je vous ai servi , tout ce que j'en souhaite , C'est de trouver chez vous une sûre retraite , Où de mes ennemis menaces ni présents Ne puissent plus troubler le repos de mes ans. Non pas que je les craigne ; eux et toute la terre A leur confusion me livreraient la guerre ; Mais je hais ce désordre , et n'aime pas à voir Qu'il me faille pour vivre user de mon savoir.

^GÉE.

L'honneur de recevoir une si grande hôtesse De mes malheurs passés efface la tristesse. Disposez d'un pays qui vivra sous vos lois , Si vous l'aimez assez pour lui donner des rois; Si mes ans ne vous font mépriser ma personne , Vous y partagerez mon lit et ma couronne : Sinon , sur mes sujets faites état d'avoir. Ainsi que sur moi-même, un absolu pouvoir. Allons , madame , allons ; et par votre conduite Faites la sûreté que demande ma fuite.

MÉDÉE

Ma vengeance n'aurait qu'un succès imparfait : Je ne me venge pas, si je n'en vois l'effet ; Je dois à mon courroux l'heur d'un si doux spectacle. Allez, prince, et sans moine craignez point d'obstacle ; .le vous suivrai demain par un chemin nouveau. Pour votre sûreté conservez cet anneau; Sa secrète vertu , qui vous fait invisible, Rendra votre départ de tous côtés paisible. Ici , pour empêcher l'alarme que le bruit De votre délivrance aurait bientôt produit, Un fantôme pareil et de taille et de face ' , Tandis que vous fuirez , remplira votre place. Partez sans plus tarder, prince chéri des dieux , Et quittez pour jamais ces détestables lieux.

Page 1