ADRASTE, CLINDOR
KM
ADRASTE
Que vous êtes heureux! et quel malheur me suit ! I\Ia maîtresse vous souffre , et l'ingrate me fuit. Quelque goût qu'elle prenne en votre compagnie, Sitôt que j'ai paru, mon abord l'a bannie.
CLINDOB.
Sans avoir vu vos pas s'adresser en ce lieu , Lasse de mes discours , elle m'a dit adieu.
ADRASTE
Lasse de vos discours ! votre humeur est trop bonne, Et votre esprit trop beau pour ennuyer personne. Mais que lui contiez-vous qui pût l'importuner ?
CLINDOR
Des choses qu'aisément vous pouvez deviner. Les amours de mon maître, ou plutôt ses sottises. Ses conquêtes en l'air, ses hautes entreprises.
ADRASTE
Voulez-vous m'obliger ? votre maître , ni vous , N'êtes pas gens tous deux à me rendre jaloux ; Mais si vous ne pouvez arrêter ses saillies, Divertissez ailleurs le cours de ses folies.
CLINDOR
Que craignez-vous de lui , dont tous les compliments
Ne parlent que de morts et de saccagemcnts ,
Qu'il bat, terrasse, brise, étrangle, brûle, assomme?
ADRASTE
Pour être son valet , je vous trouve honnête homme ; Vous n'êtes point de taille à servir sans dessein Un fanfaron plus fou que son discours n'est vain. Quoi qu'il en soit, depuis que je vous vois chez elle, Toujours de plus en plus je l'éprouve cruelle : Ou vous servez quelque autre , ou votre qualité Laisse dans vos projets trop de témérité. Je vous tiens fort suspect de quelque haute adresse. Que votre maître , enlin , fasse une autre maîtresse ; Ou, s'il ne peut quitter un entretien si doux, Qu'il se serve du moins d'un autre que de vous. Ce n'est pas qu'après tout les volontés d'un père, Qui sait ce que je suis , ne terminent l'affaire; IMais purgez-moi l'esprit de ce petit souci , Et si vous vous aimez, bannissez-vous d'ici; Car si je vous vois plus regarder cette porte. Je sais conuue traiter les gens de votre sorte.
CLINDOR
Me prenez-ivous pour homme à nuire à votre feu ?
ADRASTE
Sans réplique , de grâce , ou nous verrons beau jeu. Allez; c'est assez dit.
CLINDOR
Pour un léger ombrage ,