GÉRONTE, ISABELLE
GERONTE.
Apaisez vos soupirs et tarissez vos larmes ; Contre ma volonté ce sont de faibles armes : Mon cœur, quoique sensible à toutes vos douleurs , Écoute la raison , et néglige vos pleurs. Je sais ce qu'il vous faut beaucoup mieux que vous-mê- Vous dédaignez Adraste à cause que je l'aime ; [me. Et parce qu'il me plaît d'en faire votre époux , Votre orgueil n'y voit rien qui soit digne de vous. Quoi ! manque-t-il de bien, de cœur ou de noblesse? En est-ce le visage ou l'esprit qui vous blesse? 11 vous fait trop d'honneur.
ISABELLE
Je sais qu'il est parfait.
Et que je réponds mal à l'honneur qu'il me fait ; Mais si votre bonté me permet en ma cause, Pour me justifier, de dire quelque chose. Par un secret instinct , que je ne puis nommer, Yen fais beaucoup d'état, et ne le puis aimer. Souvent je ne sais quoi que le ciel nous inspire Soulève tout le cœur contre ce qu'on désire. Et ne nous laisse pas en état d'obéir Quand on choisit pour nous ce qu'il nous fait haïr. Il attache ici-bas avec des sympathies Les âmes que son ordre a là-haut assorties : On n'en saurait unir sans ses avis secrets ; Et cette chaîne manque où manquent ses décrets. Aller contre les lois de cette providence. C'est le prendre à partie, et blâmer sa prudence, li'attaquer en rebelle, et s'exposer aux coups Des plus âpres malheurs qui suivent son courroux.
GÉRONTE
Insolente, est-ce ainsi que l'on se justifie? Quel maître vous apprend cette philosophie? Vous en savez beaucoup ; mais tout votre savoir