‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 414 sur 1093 · L'ILLUSION, ACTE IV, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

L'ILLUSION, ACTE IV, SCÈNE IX

Que (l'un si haut dessein ma fortune incapable Rendait ma flamme injuste, et mon espoir coupable; Que je fus criminel quand je devins amant, r't que ma mort en est le juste chAtiment.

Quel bonheur m'accompagne à la fin de ma vie ! Isabt^lle , je meurs pour vous avoir servie; Kl lie quelque tranchant que je souffre les coups. Je meurs trop glorieux , puisque je meurs pour vous. Hélas! que je me flatte, et que j'ai d'artifice A me dissimuler la honte d'un supplice ! En est-il de plus grand que de quitter ces yeux Dont le fatal amour me rend si glorieux ? L'ombre d'un meurtrier creuse ici ma ruine; Il succomba vivant, et mort, il m'assassine; Son nom fait contre moi ce que n'a pu son bras ; ]\lille assassins nouveaux naissent de son trépas ; Et je vois de son sang , fécond en perfidies , S'élever contre moi des âmes plus hardies, De qui les passions , s'armant d'autorité, Font un meurtre public avec impunité.

Demain de mon courage on doit faire un grand crime, Donner au déloyal ma tête pour victime; Et tous pour le pays prennent tant d'intérêt, Qu'il ne m'est pas permis de douter de l'arrêt. Ainsi de tous côtés ma perte était certaine. J'ai repoussé la mort , je la reçois pour peine. D'un péril évité je tombe en un nouveau , Et des mains d'un rival en celles d'un bourreau. Je frémis à penser à ma triste aventure ; Dans le sein du repos je suis à la torture; Au milieu de la nuit , et du temps du sommeil , Je vois de mon trépas le honteux appareil ; J'en ai devant les yeux les funestes ministres; On me lit du sénat les mandements sinistres ; Je sors les fers aux pieds ; j'entends déjà le bruit De l'amas insolent d'un peuple qui me suit; Je vois le lieu fatal où ma mort se prépare : Là mon esprit se trouble, et ma raison s'égare; Je ne découvre rien qui m'ose secourir. Et la peur de la mort me fait dt^à mourir.

Isabelle, toi seule, en réveillant ma flamme, Dissipes ces terreurs , et rassures mon Ame; Et sitôt que je pense à tes divins attraits, .le vois évanouir ces infâmes portraits. Quelques rudes assauts que le malheur me livre. Garde mon souvenir, et je croirai revivre. Mais d'où vient que de nuit on ouvre ma prison? Ami , que viens-tu faire ici hors de saison ?

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