‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 431 sur 1093 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

L'INFANTE, LÉONOR, page'.

l'infante.

Page , allez avertir Chimène de ma part Qu'aujourd'hui pour me voir elle attend un peu tard, Et que mon amitié se plaint de sa paresse.

{Le page rentre .)

LÉONOR

Madame, chaque jour même désir vous presse; Et dans son entretien je vous vois chaque jour Demander en quel point se trouve son amour.

l'infante.

Ce n'est pas sans sujet; je l'ai presque forcée A recevoir les traits dont son âme est blessée : Elle aime don Rodrigue , et le tient de ma main , Et par moi don Rodrigue a vaincu son dédain ; Ainsi de ces amants ayant formé les chaînes , Je dois pi'endre intérêt à voir finir leurs peines.

LÉONOB.

Madame, toutefois parmi leurs bons succès Vous montrez un chagrin qui va jusqu'à l'excès. Cet amour, qui tous deux les comble d'allégresse, Fait-il de ce grand cœur la profonde tristesse? Et ce grand intérêt que vous prenez pour eux Vous rend-il malheureuse alors qu'ils sont heureux .-' Mais je vais trop avant , et deviens indiscrète.

' C'est ici un défaut intolérable pour nous. La scène reste vide, les scènes ne sont point liées, l'action est interrompue. Pourquoi les acteurs précédents s'en vont-ils? pourquoi ces nouveaux acteurs viennent-ils? comment l'un peut-il s'en aller et l'autre arriversans se voir?comment Chimène peut-elle voir l'infante sans la saluer? Ce grand défaut était commun à toute l'Europe, et les Français seuls s'en sontcorri>;és. Plus ilestdiflicile de lier toutes les scènes , plus cette difliciilté vaincue a de mérite ; mais il ne faut pas la surmonter aux dépens de la vraisemblance et de l'intérêt. C'est un des secrets de; ce grand art de la tragédie, inconnu encore à la plupart de ceux qui l'exercent. Non-seulement on a retranché cette scène de l'infante, mais on a supprimé tout son rôle; et Corneille ne s'était permis celte faute insupportable que pour remplir l'élendue malheureusement prescrite à une tragédie. Il vaut mieux la faire beaucoup trop courte : un rôle superflu la rend toujours trop lon- £ue. (V.)

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