‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 439 sur 1093 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

D. RODRIGUE

Percé jusques au fond du cœur * ly une atteinte imprévue aussi bien que mortelle ,

' Ces deux vers, tout admirables qu'ils sont, ont e-ssuj^é la critique de l'Académie. « Venger et punir, dit-elle, est trop \ ague, car on ne sait qui doit être vengé ou qui doit être puni.» J'ose croire cette critique mal fondée, et je louerai ces deux vers précisément par ce qu'on y censure. D'abord le sens est clair : qui peut se méprendre sur ce qu'on doit venger et sur ce (lu'undoit;j«/u>.'' Mais ce qui me parait digne de louange , c'est celte précision rapide qui est avare des mots, parce que la vengeance est avare du temps. Venger et punir, meurs, ou tue; voilà les mots qui se précipitent dans la bouche d'un homme furieux : il voudrait n'en pas dire d'autres. (La H.)

* On mettait alors des stances dans la plupart des ti-agédies, et on en voit dans Médcc : on les a bannies du théâtre. On a pensé que les personnages qui parlent en vers d'une mesure déterminée ne devaient jamais changer cette mesure, parce que s"ils s'expliquaient en prose, ils devraient toujours continuer il parler en prose. Or les vers de six pieds étant substitués à la prose , le personnage ne doit pas s'écarter de ce langage convenu. Les stances donnent trop l'idée que c'est le poète qui parle. Cela n'empêche pas que ces stances du Cid ne soient fort belles , et ne soient encore écoutées avec beaucoup de plaisir. (V.)

LE CID, ACTE II, SCÈNE I

Misérable vengeur d'une juste querelle, Et malheureux objet d'une injuste rigueur, Je demeure immobile , et mon anie abattue Cède au coup qui me tue.

Si près de voir mon feu récompensé ,

O Dieu, l'étrange peine!

En cet affront mon père est l'offensé, Et l'offenseur le père de Chimène !

Que je sens de rudes combats !

Contre mon propre honneur mon amour s'intéresse Il faut venger un père , et perdre une maîtresse. I/un m'anime le cœur, l'autre retient mon bras. Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme , Ou de vivre en infâme , Des deux côtés mon mal est infini.

O Dieu, l'étrange peine !

Faut-il laisser un affront impuni ?

Faut-il punir le père de Chimène.?

Père, maîtresse, honneur, amour.

Noble et dure contrainte, aimable tyrannie, Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie. L'un me rend malheureux, l'autre indigne du jour. Cher et cruel espoir d'une âme généreuse. Mais ensemble amoureuse , Digne ennemi de mon plus grand bonlieur.

Fer qui causes ma peine , ftl'es-tu donné pour venger mon honneur? M'es-tu donné pour perdre ma Chimène .'

Il vaut mieux courir au trépas.

Je dois à ma maîtresse aussi bien qu'à mon père ; J'attire en me vengeant sa haine et sa colère ; J'attire ses mépris en ne me vengeant pas. A mon plus doux espoir l'un me rend infidèle , Et l'autre indigne d'elle.

Mon mal augmente à le vouloir guérir ;

Tout redouble ma peine.

Allons, mon àme; et puisqu'il faut mourir, Mourons du moins sans offenser Chimène.

Mourir sans tirer ma raison !

Piechercher un trépas si mortel à ma gloire, Endurer que l'Espagne impute à ma mémoire D'avoir mal soutenu l'honneur de ma maison ! Respecter un amour dont mon aine égarée Voit la perte assurée !

N'écoutons plus ce penser suborneur.

Qui ne sert qu'à ma peine.

Allons, mon bras, sauvons du moins l'honneur' , Puisque après tout il faut perdre Chimène.

• L'Académie avait approuvé nllunx, mon âme; et cppeniant OoriiPille lo cliant-jca , et mit, allons, mon brus. On ne

Oui , mon esprit s'était déeii.

Je dois tout à mon père avant qu'à ma maîtresse : Que je meure au combat , ou meure de tristesse, Je rendrai mon sang pur comme je l'ai reçu. Je m'accuse déjà de trop de négligence ; Courons à la vengeance ; Et , tout honteux d'avoir tant balance ,

Ne soyons plus en peine , Puisque aujourd'hui mon père est l'offensé , Si l'offenseur est père de Chimène.

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