L'INFANTE
T'écouterai-je encor, respect de ma naissance ,
Qui fais un crime de mes feux?
T'écouterai-je, amour, dont la douce puissance Contre ce fier tyran fait révolter mes vœux?
Pauvre princesse! auquel des deux
Dois-tu prêter obéissance ?
Rodrigue , ta valeur te rend digne de moi ; Mais , pour être vaillant , tu n'es pas fils de roi.
Impitoyable sort , dont la rigueur sépare
IMa gloire d'avec mes désirs , Est-il dit que le choix d'une vertu si rare Colite à ma passion de si grands déplaisirs ?
O cieux ! à combien de soupirs
Faut-il que mon cœur se prépare , Si jamais il n'obtient sur un si long tourment Ni d'éteindre l'amour, ni d'accepter l'amant!
Mais c'est trop de scrupule, et ma raison s'étonne
Du mépris d'un si digne choix :
Bien qu'aux monarques seuls ma naissance me donne, Rodrigue, avec honneur je vivrai sous tes lois. Après avoir vaincu deux rois.
Pourrais-tu manquer de couronne?
Et ce grand nom de Cid que tu viens de gagner Ne fait-il pas trop voir sur qui tu dois régner?
Il est digne de moi, mais il est à Chimène;
Le don que j'en ai fait me nuit.
Entre eux la mort d'un père a si peu mis de haine , Que le devoir du sang à regret le poursuit :
Ainsi n'espérons aucun fruit
De son crime, ni de ma peine,
' Je ne sais pourquoi on supprime ce morceau dans les représentations. Paraissez, Navarmis, était passé en proverbe; et c'est pour cela même qu'il faut réciter ces vers. Cet enthousiasme de valeur et d'espérance messieil-il au Cid , encouragé par sa maîtresse? (V.)
Ajoutez (lue ces vers étaient parfailemeni dans les mœurs espagnoles du temps, et <|ue personne n'a porté plus loin qii^a Corneille ce mérite de peindre lideknient les mœurs des nation* qu'il met eu scène. (P.)
Puisque pour me punir le destin a permis Que l'iimour dure même entre deux ennemis.