‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 464 sur 1093 · L'INFANTE · texte numérisé non relu

L'INFANTE

T'écouterai-je encor, respect de ma naissance ,

Qui fais un crime de mes feux?

T'écouterai-je, amour, dont la douce puissance Contre ce fier tyran fait révolter mes vœux?

Pauvre princesse! auquel des deux

Dois-tu prêter obéissance ?

Rodrigue , ta valeur te rend digne de moi ; Mais , pour être vaillant , tu n'es pas fils de roi.

Impitoyable sort , dont la rigueur sépare

IMa gloire d'avec mes désirs , Est-il dit que le choix d'une vertu si rare Colite à ma passion de si grands déplaisirs ?

O cieux ! à combien de soupirs

Faut-il que mon cœur se prépare , Si jamais il n'obtient sur un si long tourment Ni d'éteindre l'amour, ni d'accepter l'amant!

Mais c'est trop de scrupule, et ma raison s'étonne

Du mépris d'un si digne choix :

Bien qu'aux monarques seuls ma naissance me donne, Rodrigue, avec honneur je vivrai sous tes lois. Après avoir vaincu deux rois.

Pourrais-tu manquer de couronne?

Et ce grand nom de Cid que tu viens de gagner Ne fait-il pas trop voir sur qui tu dois régner?

Il est digne de moi, mais il est à Chimène;

Le don que j'en ai fait me nuit.

Entre eux la mort d'un père a si peu mis de haine , Que le devoir du sang à regret le poursuit :

Ainsi n'espérons aucun fruit

De son crime, ni de ma peine,

' Je ne sais pourquoi on supprime ce morceau dans les représentations. Paraissez, Navarmis, était passé en proverbe; et c'est pour cela même qu'il faut réciter ces vers. Cet enthousiasme de valeur et d'espérance messieil-il au Cid , encouragé par sa maîtresse? (V.)

Ajoutez (lue ces vers étaient parfailemeni dans les mœurs espagnoles du temps, et <|ue personne n'a porté plus loin qii^a Corneille ce mérite de peindre lideknient les mœurs des nation* qu'il met eu scène. (P.)

Puisque pour me punir le destin a permis Que l'iimour dure même entre deux ennemis.

Page 1