‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 61 sur 1093 · CAT,1STE, DORISE · texte numérisé non relu

CAT,1STE, DORISE

CALISTE

Je n'en puis plus douter, mon feu désabusé Ne tient plus le parti de ce cœur déguisé. Allons, ma chère sœur, allons à la vengeance; Allons de ses douceurs tirer quelque allégeance ; Allons; et sans te mettre en peine de m'aider, Ne prends aucun souci que de me regarder : Pour en venir à bout,» il suffît de ma rage; D'elle j'aurai la force ainsi que le courage; Et d(\jà dépouillant tout naturel humain , Je laisse à ses transports à gouverner ma main. Vois-tu comme, suivant de si furieux guides , Elle cherche déjà les yeux de ces perfides , Et comme de fureur tous mes sens animés Menacent les appas qui les avaient charmés ?

DORISE

Modère ces bouillons d'une âme colérée ' , Ils sont trop violents pour être de durée; Pour faire quelque mal , c'est frapper de trop loin : Réserve ton courroux tout entier au besoin ; Sa plus forte chaleur se dissipe en paroles ; Ses résolutions en deviennent plus molles : En lui donnant de l'air, son ardeur s'alentit.

CALISTE

Ce n'est que faute d'air que le feu s'amortit. Allons , et tu verras qu'ainsi le mien s'allume , Que ma douleur aigrie en a plus d'amertume , Et qu'ainsi mon esprit ne fait que s'exciter A ce que ma colère a droit d'exécuter.

DORISE , seule.

Si ma ruse est enfin de son effet suivie. Cette aveugle chaleur te va coûter la vie; Un fer caché me donne en ces lieux écartés La vengeance des maux que me font tes beautés. Tu m'ôtes Rosidor, tu possèdes son âme ; [ me :

Il n'a d'yeux que pour toi, que mépris pour ma flam- Mais puisque tous mes soins ne le peuvent gagner, J'en punirai l'objet qui me fait dédaigner.

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