‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 708 sur 1093 · CLARICE, LUCRÈCE, DORANTE, SARINE, CLITON · texte numérisé non relu

CLARICE, LUCRÈCE, DORANTE, SARINE, CLITON

CLARICE, bas, à Lucrèce.

Il peut te dire vrai , mais ce n'est pas son vice. Comme tu le connais , ne précipite rien.

DORANTE , à Clarice.

Reauté qui pouvez seule et mon mal et mon bien....

CLARICE, bas, à Uicrcce.

On dirait qu'il m'en veut , et c'est moi qu'il regarde.

LUCRÈCE, bas, à Clarice.

Quelques regards sur toi sont tombés par mégarde. Voyons s'il continue.

DORANTE , à Clarice.

Ah ! que loin de vos yeux Les moments à mon cœur deviennent ennuyeux! Et que je reconnais par mon expérience Quel supplice aux amants est une heure d'absence!

CLARICE , bas , à Lucrèce.

Il continue encor.

LUCRÈCE , bas, à Clarice.

INIais vois ce qu'il m'écrit.

CLARICE, bas, à Lucrèce.

Mais écoute.

' Cette scène participe de cette froideur causée par l'indifférence de Dorante ; il demande avec empressement comment on a reçu sa lettre écrite à une personne qu'il n'aime guère, et qu'il appelle ce cher objet. (V.)

LE MENTEUR, ACTE V, SCÈNE Vî.

LUCEÈCK, bas, à Clarice.

Tu prends pour toi ce qu'il me dit.

CLARICE

ibos, à Lucrèce.) {haut , à Dorante.) Eclaircissons-nous-en. Vous m'aimez donc, Dorante.^

DORANTE , à Clarice.

Hélas! que cette amour vous est indifférente ! Depuis que vos regards m'ont mis sous votre loi....

CLARICE, bas, à Lttcrèce.

Crois-tu que le discours s'adresse encore à toi ?

LUCRÈCE, 6«5, à Clarice.

Je ne sais où j'en suis !

CLARICE , bas , à Lucrèce.

Oyons la fourbe entière. LUCRÈCE, bas, à Clarice.

Vu ce que nous savons , elle est un peu grossière.

CLARICE, bas , à Lucrèce.

C'est ainsi qu'il partage entre nous son amour ; Il te flatte de nuit, et m'en conte de jour.

DORANTE , à Clarice.

Vous consultez ensemble! Ah! quoi qu'elle vous die , Sur de meilleurs conseils disposez de ma vie ; Le sien auprès de vous me serait trop fatal ; Elle a quelque sujet de me vouloir du mal.

LUCRÈCE , en elle-même.

Ah ! je n'en ai que trop, et si je ne me venge...

CLARICE , à Dorante.

Ce qu'elle me disait est de vrai fort étrange.

DORANTE

C'est quelque invention de son esprit jaloux.

CLARICE

Je le crois : mais enfin me reconnaissez-vous?

DORANTE

Si je vous reconnais ! quittez ces railleries , Vous que j'entretins hier dedans les Tuileries ; Que je fis aussitôt maîtresse de mon sort.

CLARICE

Si je veux toutefois en croire son rapport , Pour une autre déjà votre âme inquiétée...

DORANTE

Pour une autre déjà je vous aurais quittée 7 Que plutôt à vos pieds mon cœur sacrifié...

Bien plus , si je la crois , vous êtes marié.

DORANTE

Vous me jouez , madame , et, sans doute pour rire, Vous prenez du plaisir à m'entendre redire Qu'à dessein de mourir en des liens si doux Je me fais marié pour toute autre que vous.

CLARICE

Mais avant qu'avec moi le nœud d'hymen vous lie , Vous serez marié, si l'on veut, on Turquie.

DORANTE

Avant qu'avec toute autre on me puisse engager,

I Je serai marié, si l'on veut, en Alger '.

CLARICE

Mais enfin vous n'avez que mépris pour Clarice ?

DORANTE

Mais enfin vous savez le nœud de l'artifice , Et que pour être à vous je fais ce que je puis.

CLARICE

Je ne sais plus moi-même à mon tour où j'en suis. Lucrèce, écoute un mot.

DORANTE , bas, à Cliton.

Lucrèce ! que dit-elle ?

CLITON, bas, à Dorante.

Vous en tenez , monsieur : Lucrèce est la plus belle; Mais laquelle des deux? J'en ai le mieux jugé. Et vous auriez perdu si vous aviez gagé.

DORANTE, bas, à Cliton. Cette nuit à la voix j'ai cru la reconnaître.

CLITON, bas, à Dorante.

Clarice sous son nom parlait à sa fenêtre; Sabine m'en a fait un secret entretien.

DORANTE ,bas,à Cliton.

Bonne bouche ! j'en tiens : mais l'autre la vaut bien ' ; Et, comme dès tantôt je la trouvais bien faite, Mon cœur déjà penchait où mon erreur le jette. Ne me découvre point ; et dans ce nouveau feu Tu me vas voir, Cliton , jouer un nouveau jeu. Sans changer de discours , changeons de batterie.

LUCRÈCE, bas, à Clarice.

Voyons le dernier point de son effronterie. Quand tu lui diras tout, il sera bien surpris.

CLARICE, à Dorante.

Comme elle est mon amie, elle m'a tout appris. Cette nuit vous l'aimiez , et m'avez méprisée. Laquelle de nous deux avez-vous abusée?

Vous lui parliez d'amour en termes assez doux.

DORANTE

Moi! depuis mon retour je n'ai parlé qu'à vous.

CLARICE

Vous n'avez point parlé cette nuit à Lucrèce ?

DORANTE

Vous n'avez point voulu me faire un tour d'adi-esse? Et je ne vous ai point reconnue à la voix ?

' Être mm-ié en Turquie ou. hicn à Ahjcr n'est pas fort cliflV'rent; ce n'est pas là eiicliérir, c'est répéter. (V.)

^ La méprise de Dorante; serait plaisante et intéressante, si aimant passionnément une des deux, il disait à l'une tout ce qu'il croit dire à l'autre. L'auteur espagnol et le français seml)lent a\oir man((ué leurl)ut. Clarice fait eonnailn;, au second acte, ((u'clli; n'aime ni Doraiile ni Alcippe, et ()u'ell(! ne \cut (lu'un mari. Ainsi nul intérêt dans celte pièce : elle se soulient seulement par (les méprises et des mensonges comiques. Faim vn fulri'tirn n'est pas français. Bonne bouche est trivial, et cette longue méprise est froide. (V.)

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