‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 710 sur 1093 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

GÉRONTE, DORAÎSTE, ALCIPPE, CLARICE, LUCRÈCE, ISABELLE, SABINE, CLITON.

ALCIPPE, sortant de chez Clarice et parlant à elle. Nos parents sont d'accord , et vous êtes à moi. GÉRONTE , sortant de chez Lucrèce et parlant à elle. Votre père à Dorante engage votre foi.

ALCIPPE , à Clarice.

Un mot de votre main , l'affaire est terminée.

GÉRONTE , à Lucrèce.

Un mot de votre bouche achève l'hyménée.

DORANTE , à Lucrèce.

Ne soyez pas rebelle à seconder mes vœux.

ALCIPPE

Êtes-vous aujourd'hui muettes toutes deux.?

Mon père a sur mes vœux une entière puissance.

LUCRÈCE

Le devoir d'une fille est dans l'obéissance^.

GÉRONTE , à Lucrèce.

Venez donc recevoir ce doux commandement.

ALCIPPE, à Clarice.

Venez donc ajouter ce doux consentement. {Alcippe rentre chez Clarice avec elle et Isabelle , et le reste rentre chez Lucrèce. )

' De pareils dénouments sont toujours froids et vicieux , parce qu'ils n'out point ce qu'on appelle la péripétie : ils n'excitent aucune surprise; il n'y a ni comique ni intérêt. Si mon père consent à mon mariage, y consentez-vous J' Oui. Ce n'est pas la peine de faire cinq actes pour amener quelque chose de si trivial ; et , encore une fois, le caractère du Menteur est Tunique cause du succès. (V.) 2 Faire un inauvais entretien est un barbarisme. (V.) ^ Il est assez singulier de remarquer que Corneille a placé ce vers et le suivant dans la bouche de Camille et de Curiace, dans sa belle tragédie des Horaces. (V.)

SABINE, à Dorante, comme il rentre.

Si vous vous mariez, il ne pleuvra plus guères.

BORANTE.

Je changerai pour toi cette pluie en rivières'.

SABINE

Vous n'aurez pas loisir seulement d'y penser. ]\Ion métier ne vaut rien quand on s'en peut passer.

CLiTON, seul.

Comme en sa propre fourbe un menteur s'embarrasse! Peu sauraient comme lui s'en tirer avec grâce.

Vous autres qui doutiez s'il en pourrait sortir, Par un si ïare exemple apprenez à mentir ^.

• Plaisanterie bien recherchée. Un défaut de cette pièce est la répétition des façons et des gaités d'une soubrette à qui l'on fait quelques petits présents. (V.)

* C'estici une plaisanterie de valet; mais elle paraitdéplacée. On attend la morale de la pièce, qui est toute contraire au propos deCliton *. Goldoni ne manque jamais à ce devoir; tous ses (lénoùments sont accompagnés d'une courte leçon de vertu : chez lui, le Menteur est puni, et il doit l'être; il en a fait un malhonnête homme , odieux et méprisable. Le Menteur, dans le poète espagnol et dans la copie faite par Corneille, n'est qu'un étourdi. Il y a peut-être plus d'intérêt dans l'italien , en ce que tous les mensonges du Bugiardo servent à ruiner les espérances d"un honnête homme discret, timide et fidèle. (V.) — La comédie du Menteur, qui précéda de vingt ans celles de Molière , fut empruntée des Espagnols , comme le Cid : ainsi nous devons à d'heureuses imitations , embellies par la muse de Corneille , la première tragédie touchante , et la première comédie de caractère que l'on ait vues sur notre théâtre ; et l'auteur fut , dans l'une et dans l'autre, également supérieur à tous ses contemporains. C'est dans le Menteur qu'on entendit pour la première fois sur la scène la conversation des honnêtes gens. On n'avait eu jusque-là que des farces grossières , telles que les Jodelets de Scarron , et de mauvais romans dialogues. L'intrigue du Menteur est faible, et ne roule que sur une méprise de nom qui n'amène pas des situations fort comiques. Mais la facilité et l'agrément des mensonges de Dorante, et la scène entre son père et lui , où le poëte a ;su être éloquent sans sortir du ton de la comédie, font toujours revoir cette pièce avec plaisir. (La H.)

' l.a morale de la pi^ce est dans la belle scène du père et du flis ; «•Ile serait déplacée dans la bouche de Clilon. (P )

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