‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 728 sur 1093 · PHILISTE, DORANTE, CLITON · texte numérisé non relu

PHILISTE, DORANTE, CLITON

dans la prison.

DORANTE

Voilà, mon cher ami, la véritable histoire

D'une aventure étrange et diflicile à croire;

Mais puisque je vous vois , mon sort est assez doux.

raiLisTE.

L'aventure est étrange, et bien digne de vous; Et , si je n'en voyais la fin trop véritable , J'aurais bien de la peine à la trouver croyable : \'ous me seriez suspect, si vous étiez ailleurs.

CLlTOiN.

Ayez pour lui . monsieur, des sentiments meilleuib ;

11 s'est bien converti dans un si long voyage; C'est tout un autre esprit sous le même visage; Et tout ce qu'il débite est pure vérité , S'il ne ment quelquefois par générosité. C'est le même qui prit Clarice pour Lucrèce, Qui fit jaloux Alcippe avec sa noble adresse; Et , malgré tout cela, le même toutefois, Depuis qu'il est ici n'a menti qu'une fois.

PHILISTE

En voudrais-tu jurer?

CLITON

Oui, monsieur, et j'en jure Par le dieu des menteurs , dont il est créature; Et, s'il vous faut encore un serment plus nouveau , Par l'hymen de Poitiers et le festin sur l'eau.

PHILISTE

Laissant là ce badin , ami , je vous confesse Qu'il me souvient toujours de vos traits de jeunesse ; Cent fois en cette ville aux meilleures maisons J'en ai fait un bon conte en déguisant les noms ; J'en ai ri de bon cœur , et j'en ai bien fait rire ; Et quoi que maintenant je vous entende dire , TMa mémoire toujours me les vient présenter. Et m'en fait un rapport qui m'invite à douter.

DORANTE

Formez en ma faveur de plus saines pensées ; Ces petites humeurs sont aussitôt passées ; Et l'air du monde change en bonnes qualités Ces teintures qu'on prend aux universités.

PHILISTE

Dès lors , à cela près , vous étiez en estime D'avoir une ûme noble , et grande , et magnanime.

CLITON

Je le disais dès lors ; sans cette qualité , Vous n'eussiez pu jamais le payer de bonté.

DORANTE

Ne te tairas-tu point.?

CLITON

Dis-je rien <iu il ne sache?

Et fals-je à votre nom quelque nouvelle tache? N'était-il pas, monsieur, avec Alcippe et vous Quand ce festin en l'air le rendit si jaloux ? Lui qui fut le témoin du conte que vous, files.. Lui qui vous sépara lorsque vous vous battîtes? Ne sait-il pas encor les plus rusés détours Dont votre esprit adroit bricola vos amours?

PHILISTE

A mi , ce flux de langue est trop grand pour se taire ; Mais , sans plus l'écouler, parlons de votre affaire.

Elle me semble aisée, et j'ose me vanter Qu'assez facilement je pourrai l'emporlcr: Ceux dont elle dépend sont de ma connaissance , Et même à la |)lupart je touche de naissance; Le morl était d'ailleurs fort peu considéré ,

LA SUITE DU MEiNTEUR, ACTE II, SCÈNE VI.

Et chez les gens d'honneur on ne l'a point pleuré. Sans perdre plus de temps, souffrez que j'aille appren- Pour en venir à bout quel chemin il faut prendre, [dre Ne vous attristez point cependant en prison, On aura soin de vous comme en votre maison ; Le concierge en a l'ordre , il tient de moi sa place , Et sitôt que je parle il n'est rien qu'il ne fasse.

DOSANTE.

Ma joie est de vous voir, vous me l'allez ravir.

PHILISTE

Je prends congé de vous pour vous aller servir. Cliton divertira votre mélancolie.

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