‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 740 sur 1093 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

DORANTE, CLITON

DORANTE

Tu ne dis mot , Cliton.

CLITON

Elle est belle, ou je meure.

DORANTE

Elle te semble belle ?

CLITON

Et si parfaitement Que j'en suis même encor dans le ravissement. Encor dans mon esprit je la vois, et l'admire , Et je n'ai su depuis trouver le mot à dire.

Je suis ravi de voir que mon élection Ait enfin mérité ton approbation.

CLITON

Ah ! pliit à Dieu , monsieur, que ce fût la servante ! Vous verriez comme quoi je la trouve charmante , Et comme pour l'aimer je ferais le mutin.

DORANTE

Admire en cet amour la force du destin.

CLITON

J'admire bien plutôt votre adresse ordinaire, Qui change en un moment cette dame en lingère.

DORANTE

C'était nécessité dans cette occasion ,

De crainte que Philiste eût quelque vision ,

S'en format quelque idée, et la pût reconnaître.

CLITON

Cette métamorphose est de vos coups de maître , Je n'en parlerai plus , monsieur, que cette fois ; Mais en un demi-jour comptez déjà pour trois. Un coupable honnête homme, un portrait, une dame, A son premier métier rendent soudain votre âme ; Et vous savez mentir par générosité.

Par adresse d'amour, et par nécessité.

Quelle conversion !

DORANTE

Tu fais bien le sévère.

' On pomait tirer un plus grand parti de ravcnlure de l'hiliste, qui rencontre sa maîtresse dans la prison de Dorante : cicoup de théâtre, qui pouvait fournir les situations les plus intéressantes, ne produit qu'un mensonge aussi plat qu'inutile; tout se borne à faire passer Mélisse pour une lingère : l'intrigue pouvait redouI)ler, et elle est affaiblie; l'intérêt cesse dés qu'il n'y a plus de danger; le comique cesse aussi dès qu'il n'est plus dans les situations : et voilà ce qui perd une pièce ((ue quel(|U(b changements pouvaient rendre excellente. (V.)

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