‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 749 sur 1093 · DORANTE, MÉLISSE, LYSE · texte numérisé non relu

DORANTE, MÉLISSE, LYSE

PHILISTE

Oui , madame.

Ah ! (jue j'en suis ravie !

Que mon sort cette nuit devient digne d'envie! Certes , je n'osais plus espérer ce bonlieur.

PHILISTE

Manquerais-je à venir où j'ai laissé mon cœur ?

MÉLISSE

Qu'ainsi je sois aimée! et que de vous j'obtienne Une amour si parfaite , et pareille à la mienne !

PHILISTE

Ah! s'il en est besoin, j'en jure, et par vos yeux.

MÉLISSE

Vous revoir en ce lieu m'en persuade mieu.x; Et , sans autre serment , cette seule visite IM'assure d'un bonheur qui passe mon mérite.

CLITON

A l'aide !

MÉLISSE

J'ois du bruit.

CLITON

A la force ! au secours !

PHILISTE

C'est quelqu'un qu'on maltraite ; excusez si j'y cours. Madame, je reviens.

CLITON , s'éloifjnant toujours derrière le théâtre. On m'égorge, on me tue.

Au meurtre!

PHILISTE. r

11 est déjà dans la prochaine rue.

DORANTE

C'est Cliton ; retournez , il suffira de moi.

PHILISTE

Je ne vous quitte point; allons.

( 7/5 sortent tous deux. )

MÉLISSE

Je meurs d'effroi.

CLITON , derrière le théâtre.

Je suis mort!

MÉLISSE

Un rival lui fait cette surprise.

LYSE

C'est plutôt quelque ivrogne, ou quelque autre sottise Qui ne méritait pas rompre votre entretien.

MÉLISSE

Tu flattes mes désirs '.

' C'est encore pis; celte Mélisse qui prend Pliilisteson ainanl pom- Dorante, ce Cliton qui crie au secours, lunt tomber la pièce. (V.)

DORANTE

Madame, ce n'est rien :

Des marauds , dont le vin embrouillait la cervelle, Vidaient à coups de poing une vieille querelle ; Ils étaient trois contre un , et le pauvre battu A crier de la sorte exerçait sa vertu.

{bas.) Si Cliton m'entendait, il compterait pour quatre.

MÉLISSE

Vous n'avez donc point eu d'ennemis à combattre?

DORANTE

Un coup de plat d'épée a tout fait écouler.

MÉLISSE

Je mourais de frayeur, vous y voyant aller.

DORANTE

Que Plîiliste est heureux ! qu'il doit aimer la vie !

MÉLISSE

Vous n'avez pas sujet de lui porter envie.

DORANTE

Vous lui parliez naguère en termes assez doux.

MÉLISSE

Je pense d'aujourd'hui n'avoir parlé qu'à vous.

DORANTE

Vous ne lui parliez pas avant tout ce vacarme? Vous ne lui disiez pas que son amour vous charme. Qu'aucuns feux à vos feux ne peuvent s'égaler ?

MÉLISSE

J'ai tenu ce discours , mais j'ai cru vous parler. N'êtes-vous pas Dorante?

Oui , je le suis , madame , Le malheureux témoin de votre peu de flamme. Ce qu'un moment fit naître, un autre l'a détruit; Et l'ouvrage d'un jour se perd en une nuit.

MÉLISSE

L'erreur n'est pas un crime ; et votre aimable idée , Régnant sur mon esprit, m'a si bien possédée, Que dans ce cher objet le sien s'est confondu , Et lorsqu'il m'a parlé je vous ai répondu; En sa place tout autre edt passé pour vous-même : Vous verrez par la suite à quel point je vous aime. Pardonnez cependant à mes esprits déçus; Daignez prendre pour vous les vœux qu'il a reçus ; Ou si, manque d'amour, votre soupçon persiste...

DORANTE

N'en parlons plus, de grâce, et parlons de Philiste; 11 vous sert , et la nuit me l'a trop découvert.

MÉLISSE

Dites qu'il m'importune, et non pas qu'il me sert ; N'en craignez rien. Adieu, j'ai peur qu'il ne revieuuo

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