LA SUITE DU MENTEUR, ACTE V, SCENE II
CLITON
Donc, sans plus de langage.
Tu veiixbien m'en donner quelqiiesbaisers pour gage?
LYSE
Pour l'âme et pour le cœur , tant que tu le voudras ; Mais pour le bout du doigt, ne le demande pas : Un amour délicat hait ces faveurs grossières , Et je t'ai bien donné des preuves plus entières. Pourquoi me demander des gages superflus ? Ayant l'ame et le cœur, que te faut-il de plus ?
CLITON
J'ai le goût fort grossier en matière de flamime ; Je sais que c'est beaucoup qu'avoir le cœur et l'àme; Mais je ne sais pas moins qu'on a fort peu de fruit Et de l'àme et du cœur, si le reste ne suit.
LYSE
Eh quoi ! pauvre ignoi'ant , ne sais-tu pas encore Qu'il faut suivre l'himieur de celle qu'on adore , Se rendre complaisant , vouloir ce qu'elle veut ?
Si tu n'en veux changer, c'est ce qui ne se peut. J )e quoi me guériraient ces gages invisibles ? Conune j'ai l'esprit lourd , je les veux plus sensibles ; Autrement, marché nul.
LYSE
Ne désespère point.
Chaque chose a son ordre, et tout vient à son point ; Peut-étreavecletèmps nous pourrons nous connaître. Apprends-moi cependant qu'est devenu ton maître.
CLITON
Il est avecPliiliste allé remercier
Ceux que pour son affaire il a voulu prier.
LVSE.
Je crois qu'il est ravi de voir que sa maîtresse Est la sœur de Cléandre , et devient son hôtesse ?
CLITON
11 a raison de l'être, et de tout espérer.
LYSE
Avec toute assurance il peut se déclarer; Autant conuuela sœur le frère le souhaite; Et s'il l'aime en effet, je tiens la chose faite.
CLITON
]Nc doute point s'il l'aime après qu'il meurt d'amour.
LYSE
Il semble toutefois fort triste à son retour '.
' Ces scènes ou les valefs font l'amour à l'iinifatioii de leurs uiaitres, sont enfin proscrites du théâtre avec beaucoup de raison : ce n'est qu'une parodie l)asse et dé}'orilant<^ des premiers personnages. (V.) — Il y a une de ces scènes dans le JJc/iit amoureux de Molière, et le putilic ne l'a jamais trouvée dèf-oùlanle : à force de vouloir ennoblir le comi(jue, on l'a rendu froid et : erieux; aussi le public ()ui aimait à rire n'a plus que le choix lîf .siffler ou de bailler. (F)
SGEME 11.
DORANTE, CLITON, LYSE
DOUANTE.
Tout est perdu , Cliton ; il faut ployer bagage ■ .
CLITON
Je fais ici , monsieur, l'amour de bon courage ; Au lieu de m'y troubler, allez en faire autant.
DORANTE
N'en parlons plus.
CLITON
Entrez, vous dis-je, on vous attend.
DOUANTE.
Que m'ituporle ?
CLITON
On vous aime.
DOUANTE.
Hélas !
On vous adore.
DORANTE
Je le sais.
CLITON
D'où vient donc l'ennui qui vous dévore ?
DORANTE
Que je te trouve heureux!
CLITON
Le destin m'est si doux Que vous avez sujet d'en être fort jaloux : Alors qu'on vous caresse à grands coups de pistoles , J'obtiens tout doucement paroles pour paroles. L'avantage est fort rare , et me rend fort heureux.
DORANTE
Il faut partir, te dis-je.
CLITON
Oui , dans un an ou deux.
DORANTE
Sans tarder un moment.
LYSE
L'atiiour trouve des charmes A donner quelquefois de pareilles alarmes.
DORANTE
Lyse, c'est tout de bon.
Vous n'en avez pas lieu.
DORANTE
Ta maîtresse survient; il f;iut lui dire adieu. Puisse en ses belles mains ma douleur immortelle Laisser toute mon âme en prenant congé d'elle!
■ On flirail aujourd'hui : /ilicr bagciijr. Playo ne se prend |)!uà ipie tiaiis le sens livjh'iliir, courlier