‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 757 sur 1093 · CI · texte numérisé non relu

CI

C'était nie repentir de l'avoir conservé, C'était l'assassiner après l'avoir sauvé ; C^'était désavouer ce généreux silence Qu'au péril de mon sang garda mon innocence, Et perdre , en vous forçant à ne plus m'estimer, Toutes les qualités qui vous firent m'aimer.

MÉLISSE

Hélas ! tout ce discours ne sert qu'à me confondre.

Je n'y puis consentir, et ne sais qu'y répondre.

Mais je découvre enfin l'adresse de vos coups ;

Vous parlez pour Philiste, et vous faites pour vous :

Vos dames de Paris vous rappellent vers elles ;

Nos provinces pour vous n'en ont point d'assez belles.

Si dans votre prison vous avez fait l'amant ,

Je ne vous y servais que d'un amusement.

A peine en sortez-vous que vous changez de style;

Pour quitter la maîtresse il faut quitter la ville.

Je ne vous retiens plus , allez.

DORANTE

Puisse à vos yeux M'écraser à l'instant la colère des deux , Si j'adore autre objet que celui de Mélisse, Si je conçois des vœux que pour votre service , Et si pour d'autres yeux on m'entend soupirer. Tant que je pourrai voir quelque lieu d'espérer! Oui , madame, souffrez que cette amour persiste Tant que l'hymen engage ou Mélisse, ou Philiste; Jusque-là les douceurs de votre souvenir Avec un peu d'espoir sauront m'entretenir : J'en jure par vous-même , et ne suis point capable D'un serment ni plus saint ni plus inviolable. Mais j'offense Philiste avec un tel serment; Pour guérir vos soupçons je nuis à votre amant. J'effacerai ce crime avec cette prière : Si vous devez le cœur à qui vous sauve un frère , Vous ne devez pas moins au généreux secours Dont tient le jour celui qui conserva ses jours. Aimez en ma faveur un ami qui vous aime , Et possédez Dorante en un autre lui-même.

Adieu. Contre vos yeux c'est assez combattu ; Je sens à leurs regards chanceler ma vertu; Et, dans le triste état où mon âme est réduite, Pour sauver mon honneur, je n'ai plus que la fuite '.

' Cette scène pouvait faire un très-srand effet, et ne le fait point. Les plus beaux sentiments n'attendrissent jamais (fuand ils ne sont pas amenés, préparés par une situation pressante, par qu.lcjue coup de théâtre, par quelque chose de vif et d'aiihné. (V.)

SCÈJNE JV

Page 1