PLACIDE, THÉODORE
THÉODOBE.
Quoi ! vous chassez Paulin, et vous craignez ses yeux Vous qui ne craignez pas la colère des cieux !
PLACIDE
Redoublez vos mépris, mais bannissez des craintes Qui portent à mon cœur de plus rudes atteintes ; Ils sont encor plus doux que les indignités Qu'imputent vos frayeurs à mes témérités ; Et ce n'est pas contre eux que mon âme s'irrite. Je sais qu'ils font justice à mon peu de mérite; Et lorsque vous pouviez jouir de vos dédains', Si j'osais les nommer quelquefois inhumains, Je les justifiais dedans ma conscience.
Et je n'attendais rien qne de ma patience. Sans que pour ces grandeurs qui font tant de jaloux, Je me sois jamais cru moins indigne de vous.
' Voilà comme Corneille parle d'amour quand il n'est pas guidé par Guillem de Castro , et quand il n'a que l'amour à faire parler : c'est le style des romans de son temps ; c'est le style de ses comédies. Rien n'est plus insipide , plus bourgeois , plus dégoûtant, que le langage purement amoureux qui a désbonoré toujours le théâtre français. Racine, au moins , par la pureté de sa diction , par l'harmonie des vers , par le choix des mots , par un style aussi soigné que naturel, ennoblit un peu ce petit genre , et réchauffe la froideur de ce langage. Je ne parle pas ici de cet amour passionné , furieux , terrible , qui entre si bien dans la vraie tragédie ; je parle des déclarations d'Antiochus, de Xipharès, de Pharnace, d'Hippolyte; je parle des scènes de coquetterie ; je parle de ces amours, plus propres à l'idylle et à la comédie qu'à la tragédie, dont il a seul soutenu la faiblesse par le charme de la poésie , et par des sentiments vrais et délicats , inconnus à tout autre qu'à lui. (V.)