VALENS, PAULIN, STÉPHANIE
VALENS , à Stéphanie.
Marcelle a donc osé les traîner à la mort Sans mon su, sans mon ordre? et son audace extrê- STÉPHANiE. [me...
Seigneur, pleurez sa perte, elle est morte elle-même.
VALENS
Elle est morte !
STÉPHANIE
Elle l'est.
VALENS
Et Placide a commis. ..
STÉPHANIE
Non , ce n'est en effet ni lui ni ses amis ;
Mais s'il n'en est l'auteur, du moins il en est cause.
VALENS
Ah ! pour moi l'un et l'autre est une même chose ;
Et puisque c'est l'effet de leur inimitié,
Je dois venger sur lui cette chère moitié.
Mais apprends-moi sa mort, du moins si tu l'as vue.
STÉPHANIE
De l'escalier à peine elle était descendue. Qu'elle aperçoit Placide aux portes du palais , Suivi d'un gros armé d'amis et de valets. Sur les bords du perron soudain elle s'avance. Et pressant sa fureur qu'accroît cette présence , « Viens, dit-elle, viens voir l'effet de ton secours ; » Et sans perdre de temps en de plus longs discours , Ayant fait avancer l'une et l'autre victime. D'un coté Théodore, et de l'autre Didyme , Elle lève le bras , et de la même main Leur enfonce à tous deux un poignard dans le sein.
VALENS
Quoi ! Théodore est morte ?
STÉPHANIE
Et Didyme avec elle.
VALENS
Et l'un et l'autre enfin de la main de Marcelle?
Ah ! tout est pardonnable aux douleurs d'un amant ,
Et quoi qu'ait fait Placide en son ressentiment...
STÉPHANIE
Il n'a rien fait , seigneur ; mais écoutez le reste : Il demeure immobile à cet objet funeste ; Quelque ardeur qui le pousse à venger ce malheur, Pour en avoir la force il a trop de douleur; Il pâlit, il frémit, il tremble, il tombe, il pâme'. Sur son cher Cléobule il semble rendre l'âme.
Cependant, triomphante entre ces deux mourants, Marcelle les contemple à ses pieds expirants , Jouit de sa vengeance, et d'un regard avide En cherche les douceurs jusqu'au cœur de Placide ; Et tantôt se repaît de leurs derniers soupirs , Tantôt goûte à pleins yeux ses mortels déplaisirs, Y mesure sa joie, et trouve plus charmante La douleur de l'amant que la mort de l'amante, Nous témoigne un dépit qu'après ce coup fatal, Pour être trop sensible il sent trop peu son mal; En hait sa pâmoison qui la laisse impunie. Au péril de ses jours la souhaite finie. Mais à peine il revit, qu'elle , haussant la voix : « Je n'ai pas résolu de mourir à ton choix ' ,
' Il y a dans ce n'-cit qii('l((iif3 vers diRiicb de Corneille, et ijuu Vollaire aurait pu faire rcmanjuur. (P.)